Cavanna aimait l’idée que ce projet existe. Je le tenais au courant de nos avancements de vos lettres et mails. On venait de résoudre l’équation impossible du filmage. On devait filmer son réapprentissage de la marche. Pour Cavanna c’était très important de se tenir debout, de marcher. Il ne supportait pas l’idée du fauteuil ou du déambulateur. Il est mort d’épuisement hier vers 21h30. Des complications pulmonaires après son opération du fémur. Il ne mangeait plus depuis une semaine, avait du mal à respirer.
Il a pu dire au revoir à Tita, à ses enfants et la petite Virginie. Il était soulagé de partir. La veille, après avoir jeûné une semaine, il avait demandé de la bière et du saucisson. Il a mangé ça rageusement et en souriant. Ça va.
Il a eu une belle vie. Je ne suis pas très bon ici pour lui rendre hommage. C’était un homme bon et supérieurement intelligent. Très drôle évidemment. La raison du film est qu’on ne l’oublie pas et que les gens comprennent que Cavanna a sans doute été celui qui a le plus apporté à l’idée de liberté et de liberté d’expression dans ce pays. Plus que tous, plus que n’importe quel autre écrivain, pamphlétaire, ministres, philosophes... Plus important que tous les penseurs, journalistes, humoristes qui veulent faire "bête et méchant".
Il n’y avait pas un gramme de haine en lui. Jamais. J’écris ça vite. Le film s’appellera "jusqu’à l’ultime seconde j’écrirai". Et c’est ce qui s’est passé. Il grattait la semaine dernière des petits mots que Virginie déchiffrait. J’aime bien l’image de Cavanna sifflant une dernière bière avant de partir. Voilà la dernière photo prise de lui with mon Iphone. C’était juste avant la première attaque du fémur. Bon pied bon oeil François. Bonne bise à tous -
Denis Robert / 30 janvier 2014
