Crise : Moins de pollution et de technologies vertes
L’environnement s’offre un répit provisoire avec la récession parce que les consommateurs s’emploient à réduire leurs dépenses en énergie. Mais l’austérité frappe également les investissements dans les technologies vertes, ce qui d’après les experts, est loin de favoriser le développement durable.
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"C’est sûr qu’à court terme nous emploierons moins de ressources", constate Dean Baker, économiste et codirecteur du centre pour la recherche économique et politique de Washington. "Je préférerais de beaucoup une économie saine". La récession a rendu les gens plus économes, et la consommation d’énergies fossile a chuté comme celle des ventes d’appareils électroménagers ou de climatiseurs. Même les Américains se déclarent plus enclins à utiliser les transports publics et à recycler les marchandises !
La récession qui sévit dans le bâtiment s’est soldée par une moins grande production de déchets, plus encore sensible que dans l’industrie. Des évaluations pour l’ensemble du secteur ne sont pas disponibles, mais Waste Management, la plus grosse entreprise de déchetteries et de recyclage aux États-Unis déclare que ses volumes d’ordures sont inférieurs de 13,6% à ceux de l’année dernière au premier trimestre. Les Américains conduisent moins, quand bien même le prix de l’essence a dégringolé depuis l’année dernière.
Beaucoup de gens font des économies de bout de chandelles où c’est encore possible, même si elles semblent insignifiantes. Le nettoyage à sec a encaissé une baisse de 20% du chiffre d’affaires par rapport à l’année dernière, selon l’association professionnelle à New York. Et Lynette Waterson, gérante d’un immense pressing à San Mateo, en Californie, a confirmé un grand trou dans la fréquentation de son établissement : "Je pense que les gens ne nettoient probablement pas leurs vêtements aussi souvent qu’ils le faisaient dans la conjecture précédente", confie-t-elle.
Les études montrent que les gens ont changé leur perception de ce dont ils ont besoin. Un sondage effectué en avril par le Pew Research Center présente que le nombre de personnes estimant nécessaire de procéder au nettoyage à sec de leurs vêtements a chuté de 17 points entre 2009 et 2006. De même, 16% de personnes en moins considèrent l’utilisation d’un climatiseur comme une nécessité. Alexandre Lee, directeur exécutif de Project Laundry List, une association sans but lucratif pour promouvoir les vêtements qui peuvent sécher à l’air libre, reconnaît que la récession a suscité l’intérêt des investisseurs pour son organisation.
Mais une consommation réduite peut s’avérer provisoire, expliquent les experts qui déplorent également une baisse importante des investissements dans les énergies vertes, le réel bénéfice à plus long terme pour l’environnement. "Ce n’est pas une baisse durable ou soutenable", prétend Andy Stevenson, analyste pour le National Resources Defense Council aux États-Unis. Les Américains consomment en effet moins, mais beaucoup ont également perdu leur travail, et dont leur moyen d’existence. "Si vous roulez moins parce que vous n’êtes pas en fonctions, ça ne compte pas vraiment pour moi", justifie l’expert.
Le recyclage a diminué de volume à cause du coût du service et au moment où les municipalités font tout pour réduire les charges d’exploitation, prévient Bruce Parker, président de l’association fédérale pour la gestion des déchets solides. Bien qu’aucune agglomération importante n’ait décidé d’abandonner le recyclage, certaines ont envisagé de transférer le système vers la destruction. Des investisseurs ont peu d’espoir de voir leurs projets aboutir à cause de la réduction des financements. T. Boone Pickens, le milliardaire en pétrodollars, a réduit la voilure avec son programme pour construire la plus grande ferme éolienne des États-Unis.
Les experts américains s’attendent à ce que le développement de l’énergie éolienne chute pour la première fois depuis 2004 à cause de la crise du crédit et de la baisse des prix du pétrole. "Beaucoup d’ouvrages éoliens et solaires le sont sur un programme très agressif et ils sont maintenant revus à la baisse à cause de la récession", indique Andy Stevenson. D’autres pensent qu’il est plus facile de promouvoir les énergies renouvelables ou de protéger l’environnement avec une bonne conjoncture économique.
Pour réduire les émissions de carbone, les taxes sur les combustibles fossiles seraient plus supportables aux électeurs quand la période est faste et quand le chômage est bas, estime Bruce Baker. "Les gens ne rechignent pas à payer une petite taxe supplémentaire sur l’essence quand elle augmente juste un petit peu" !
