Les idées politiques bientôt localisées dans le cerveau
Une équipe de scientifiques américains est en train de rechercher le siège de la psyché dans les circonvolutions du cerveau humain.
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Tout au long de la campagne électorale qui a bouleversé les standards politiques aux États-Unis, une équipe de chercheurs de l’université de Los Angeles (UCLA), dirigée par le neuropsychiatre Marco Iacoboni, a testé les réactions de 20 électeurs indécis grâce à un scanner à résonance magnétique. Leur objectif : déterminer les régions du cerveau où se forment les idées politiques, religieuses et philosophiques.
Les premiers résultats de leurs expériences ne permettent pas d’émettre une théorie parfaitement au point, mais l’étude est en passe de s’affiner avec le temps. À la fin de l’année 2007, ils ont publié une tribune dans le New York Times, où ils ont enregistré une moins grande sympathie de leurs cobayes envers les discours de Barack Obama qu’aux propos de sa concurrente Hillary Clinton à l’investiture du Parti démocrate. Les chercheurs écrivaient alors que Barack Obama a encore beaucoup de travail à faire…
Alors que les interventions du président des États-Unis nouvellement élu se manifestaient surtout par l’absence de contact radio, les autres candidats en lice excitaient les cobayes dans le lobe temporal supérieur et le cortex frontal inférieur. Mais de telles expériences ont évidemment soulevé l’indignation des membres de la communauté scientifique américaine parmi les plus éminents. La prétention à déterminer comment s’expriment les suffrages pour le prochain président des États-Unis n’a pas laissé d’apparaître comme iconoclaste, voire politiquement incorrecte. La critique la plus sévère est venue du propre collègue à l’UCLA de Marco Iacoboni, Russ Poldrack : qu’une personne ait peur ou se sente en phase avec une autre ne permet pas de tirer des conclusions sur l’excitation d’une zone précise du cerveau, a-t-il écrit dans le même journal.
Pour la plupart d’entre eux, les stimuli du cerveau ne sont pas en rapport avec un certain type d’émotions, lesquelles agissent simultanément sur les différentes régions qui le composent. La tentation d’expliquer la psyché humaine et des phénomènes aussi complexes que la crainte, le deuil, ou l’amour avec des tests d’activation du cerveau, a été souvent entreprise. Quelque 20.000 revues spécialisées ont publié depuis 1992 des études qui prétendent étudier les fonctions neuronales dans la perception des idées ou de la pensée à l’aide de la résonance magnétique.
Des relations assez simples de ce type ont été étudiées, comme la stimulation du cortex visuel par l’exposition aux lumières vives. Mais ce que les médias expriment ensuite facilement comme le ministère de la peur ou le siège de dieu ne sont en réalité que des corrélations neuronales pour les scientifiques. Pour Lutz Jäncke, neuropsychiatre à Zurich, il n’est pas possible de déterminer de façon restrictive les capacités cognitives les plus complexes. Les conclusions données par Marco Iacoboni au moyen des cartes d’activation des régions du cerveau ne permettent pas d’affirmer la nature des corrélations d’activité psychique.
De telles expériences ne permettent pas d’établir comment se forme un sujet d’ordre philosophique dans le lobe temporal, explique Nikos Logothetis, directeur à l’Institut Max Planck pour la biologie cybernétique à Tübingen. La résonance magnétique offre seulement la possibilité de mesurer les régions du cerveau où les cellules nerveuses sont mieux irriguées au moment où s’exprime une émotion. Ce n’est pourtant pas toujours le cas, selon le travail publié dans Nature en janvier dernier. En exposant des singes à des flashs lumineux, les chercheurs de l’UCLA ont constaté une irrigation plus importante et synchrone des cellules nerveuses, comme ils s’y attendaient. Or, l’obscurité revenue, ils n’ont plus enregistré aucune activité des cellules nerveuses, comme si elles étaient devenues subitement inertes. La résonance magnétique n’indiquerait donc pas l’ensemble de l’activité nerveuse.
L’idée selon laquelle nos fonctions cognitives sont localisées à tel ou tel endroit dans le cerveau n’est pas avérée, pense Günther Knoblich, de l’université de Nimègue. Elle serait même dépassée dans le cas de fonctions plus complexes. La résonance magnétique ne rendrait pas suffisamment compte de l’activité spirituelle, en dépit de son coût prohibitif. La foi en l’image paraît illustrer aussi notre esprit manichéen, estime Günther Knoblich. L’homme différencie intuitivement les domaines de compétence du corps et de l’esprit. Il y a d’un côté l’évidence, et de l’autre règne le mystère. La tentation est forcément grande de chercher à démontrer la subjectivité de nos sentiments comme un fait banal.
Voir en ligne : pour en savoir plus sur "The Neurocritic".
