A la lecture de ces souvenirs reconstitués, réinventés et insufflés par l’énergie du Bien et le devoir de Mémoire, dans cette cosmogonie précise, documentée et vraisemblable émaillée de drames intimes, « Chez eux » est un ouvrage à part sur la ligne Maginot de notre imaginaire collectif. Un thème en noir qu’il est bon de réamorcer en permanence par l’Ecriture fictionnelle ou le documentaire, ou par le choix unique de s’attaquer en toute sincérité à ses propres Démons et à ceux de son humanité sombre ou rose.
Un homme qui ne tirerait pas les enseignement de son passé pourrait reproduire les mêmes erreurs et changer à tout jamais le cours des destins en mal, en sordide, en mort tout azimut.
Une jolie femme blonde et lettrée prend la plume, mène l’enquête, s’immisce dans sa propre genèse d’avant fœtus, celle qu’elle n’a pas pu connaître mais que seul l’écrivain peut ressentir mieux que personne sans rien trahir, ni galvauder. Aller au bout d’un désir incompressible. Plonger dans la propre histoire réelle de sa mère et lui servir d’interprète superbe, de traductrice créatrice talentueuse et accoucher d’un livre magnifique, d’un beau bébé joufflu qui aime, a peur, ment et se cache pour sauver sa propre vie. Témoigner de l’irracontable avec candeur et naïveté, avec la justesse d’un regard pur.
En parcourant « Chez eux » on se demande de ligne en ligne, de front, si l’Histoire est un roman ou le travail romanesque un exercice intellectuel digne et précieux. Une réflexion douce et âpre à la fois, motivée et documentée sur une histoire personnelle qui devient universelle et qui nous touche dans son particulier et son général. Dans son injustice et ses champs lexicaux à perte de vue.
Entre Fiction, autofiction et roman pluriel très féminin sans être féministe, Carole Zalberg se cherche un passé, renoue avec l’émotion d’un traumatisme familial qui la rattrape et la hante, qui l’intéresse et la nourrit d’une fièvre créatrice simple et pertinente.
Un roman qui remet un peu la focale sur l’itinéraire particulier et parfois un peu oublié et mésestimé des juifs polonais, ces juifs pauvres qui nous semble-t’il n’ont pas eu le même traitement historique que d’autres victimes, et c’est bien regrettable.
En historienne des sensations et des émotions vraies, nues et crues, Carole Zalberg attendrit et excelle.

