CYRIL SKINAZY OU LA RENCONTRE COMME OEUVRE D’ART

CYRIL SKINAZY OU LA RENCONTRE COMME OEUVRE D'ART

Le besoin de vérité et de beauté, la quête d’un espace mental sans cesse renouvelé élève l’être humain et donne un sens à son existence.Il ne serait pas étonnant que dans le registre métaphysique l’art qui excelle dans la richesse de ses questionnements et de ses mises en perspectives -voire en abîme - réussisse là ou les religions piétinent.

💡 Vous aimez cet article ?
Partagez-le. Le Mague vit aussi grâce à ses lecteurs.

Royaume absolu des aspirations humaines, champ de liberté et de fantaisie inoui, laboratoire d’expérimentations, lieu de communion et de spiritualité, livre ouvert à tous les manifestes l’art ne peut se satisfaire d’une définition.Si selon Ben « l’art est ego, » pour Robert Filliou » l’art c’est ce qui rend la vie plus belle que l’art », pour Picabia « il faut traverser les idées comme on traverse les pays et les villes » et pour Marcel Duchamp « se forcer à se contredire pour ne pas se conformer à son propre goût » on pourra dire que l’art permet de trouver son identité voire pour les plus talentueux des artistes et peut-être pour quelques privilégiés d’approcher Dieu non comme démiurge mais comme ce centre nous donnant clairvoyance et équilibre.

L’histoire de l’art moderne est ponctuée de scandales et decoups d’éclat qui sont autant de ruptures que d’avancées décisives.L’Origine du monde de Courbet, le Carré noir sur fond blanc de Malevitch, le Cavalier bleu de Kandinsky,le Porte-bouteilles de Marcel Duchamp sont autant d’étapes fondatrices de cet art dit « conceptuel » terme pour le moins tautologique tant il est évident qu’il ne peut y avoir d’art sans profondeur ni de beauté dénuée de sens. »Dans la fraise les pépins sont à l’extérieur » disait Picasso » alors quel est le fond ? Quelle est la forme ? »

Le grand apport de Marcel Duchamp est d’avoir élargi de façon gigantesque-on peut dire- illimitée le domaine de l’art.De même qu’il existait des armes par destination toute choses, toute idée , toute situation est en mesure d’être labellisée œuvre d’art.Il suffit de le décider.Pour Daniel Buren ce seront les célèbres toiles de store choisies pour leur côté commun et impersonnel qui feront office de viatique.Les fameuses rayures-toujours les mêmes- ne deviennent œuvres que disposées d’une certaine manière par l’artiste dans un contexte bien précis.On parle dès lors d’in situ, en situation.

Cette façon de voir les choses, d’intégrer le monde dans son ensemble à la grande aventure de l’esthétique et des questionnements incluent le spectateur au lieu de l’exclure, lui redonnent un pouvoir de décision et d’action, réveillent son sens critique.C’est comme si on avait décrété le droit fondamental de chaque individu à être artiste.Comme Buren qui s’est attribué ces simples rayures et en a fait son champ d’expériences nous pouvons tous nous attribuer des signes, des symboles, des objets, des pensées et avec bâtir notre territoire.

Pendant ce temps la grande aventure de l’art conceptuel continuait.Sol Lewitt réalisait ses Brick Wall Composite qui captaient les variations de la lumière sur un mur de briques et Lawrence Weiner voyait son installation de pieux et cordes saccagée par des étudiants au comble de la colère et de l’incompréhension.Tous deux décrétaient que l’idée, la vision, le rêve étaient plus importants que l’existence matérielle de l’œuvre ce qui constituait encore une étape dans la transgression dans le droit fil de celui qui avant eux osa tous les sacrilèges parmi lesquels une paire de moustaches à la Joconde accompagnée de la mention LHOOQ :Marcel Duchamp.

Tous ces artistes opéraient des glissements.Glissement vers le titre pour Lawrence Weiner pour qui le titre devient l’oeuvre.Pour autant le travail de celui-ci est loin de se réduire à ce procédé.Son art est joyeux, jouissif et en prise directe avec la vie lui qui déclare sans ambages : »Je serai damné si je voulais exclure de l’art toute fonction sensuelle ». Sa vidéo « Do you believe in water ? » en est le vibrant exemple.On y voit deux lesbiennes se livrant à des actes sexuels en présence d’un homosexuel et récitants des énoncés établis par Weiner lui-même.Ainsi le langage qui est toute sensualité devient la matière première de l’œuvre et la substantifique moelle de ce lien qui unit l’art à la vie.

La vie c’est l’essence même du travail de On Kawara artiste autodidacte devenu célèbre par son travail sur l’écoulement du temps.Son œuvre emblématique « Les date paintings » repose sur le marquage de la date du jour sur un fond neutre ou de couleur.Les tableaux sont vendus dans une boîte en carton accompagnés d’une coupure de presse pour signifier que la date est reliée à des évènements uniques et différenciés.

Nous ne sommes pas seuls.Etre artiste c’est faire preuve d’humilité et de reconnaissance.C’est rendre hommage à tous ceux qui ont ouvert des voies, se heurtant souvent aux railleries de leurs contemporains et à l’incompréhension de leur époque.Et c’est leur exemple qui nous pousse à braver le conformisme et la raison du plus grand nombre.

La connaissance du travail de personnalités audacieuses comme Lawrence Weiner, Sol Lewitt , Robert Ryman, Daniel Buren ou Peter Brook ont fait comprendre à Cyril Skinazy combien ces aventuriers de la pensée étaient liés, les multiples passerelles et coïncidences qui s’établissaient dans leur travail comme une révélation de l’immense toile tissée par internet et dans laquelle artistes, chercheurs, philosophes ,architectes , écrivains et expérimentateurs en tous genre se contaminent mutuellement,constituant un ensemble plus riche tout en accroissant leur pertinence et leur légitimité individuelle.

Cyril Skinazy écrit, filme et organise des expositions pour montrer que l’art loin de se réduire à ses idées ou à sa valeur cosmétique s’incarne dans la vie et inclut les lieux, les gens,le plaisir et la rencontre à son processus.Quand une rencontre devient une œuvre d’art chaque instant passé avec les autres devient matière aux infinies possibilités plastiques.L’art relationnel est un monde sans limite .

le 19/10/2008
Impression

1 Message

  • 20 octobre 2008 00:07, par cemeli

    La partie essentielle de l’article est tue : elle est derrière l’écriteau de cet artistico Play Boy de Cyril Skinazy