"Cette Crise financière évolue comme une Bulle à l’Envers"

"Cette Crise financière évolue comme une Bulle à l'Envers"

Alors que les cours poursuivent leur chute vertigineuse, George Bush a supplié ses compatriotes de tourner le dos à la panique, car la crainte engendre la crainte. 700 milliards de dollars n’ont pas suffi pour rassurer les marchés, de nouvelles réunions au sommet sont programmées pour tenter de trouver une solution à la crise qui s’installe et les idées les plus frivoles naissent des cerveaux les moins futiles. Patricia Charléty est professeur à l’ESSEC et spécialiste des fusions et acquisitions, des banqueroutes et de l’actionnariat, elle a publié plusieurs ouvrages de référence et de nombreux articles dans les revues spécialisées. Cette économiste explique pourquoi la crise financière a surpris tous les experts et dans quelle mesure elle est extraordinaire.

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Le MAGue : La crise financière précède-t-elle la crise économique ou est-ce l’inverse ?

Patricia Charléty : Le krach précède la crise économique qui reste pour l’essentiel à venir même si elle était latente. Cela fait déjà 2 ans que le secteur immobilier est en crise aux États-Unis ! En août 2007, la crise des subprimes a certes donné l’alerte et d’aucuns pressentaient le phénomène actuel. On a évoqué alors le rôle des agences de notation, mais cela n’explique pas tout. Je suis en effet incitée à penser que le secteur bancaire a été surévalué. Nous subissons en ce moment une double crise. À la baisse de la richesse liée à celle des cours de Bourse, s’ajoute un manque important et subit de liquidités, le credit crunch. Les deux phénomènes combinés peuvent entraîner une récession durable. Les acteurs n’ont pas pris conscience de la situation assez tôt, et l’urgence a commandé les réactions à la crise.

Le MAGue : Les gouvernements libéraux se sont portés au secours des établissements financiers sans penser que le marché se règlerait tout seul, n’est-ce pas paradoxal ?

Patricia Charléty : Non. Même si on peut le déplorer, la faillite est un mode de régulation normal, et il n’y a pas lieu d’intervenir. Les choses changent dès qu’il s’agit de faillites en chaîne, car des activités saines sont susceptibles d’être touchées elles aussi. C’est pourquoi l’intervention des pouvoirs publics était sans doute nécessaire même si elle n’incite pas les opérateurs à rester prudents à l’avenir. Elle a sa propre logique à court terme, car il convient d’aider les entreprises à passer un cap difficile, mais le problème se pose ensuite, s’il vient aux esprits qu’ils seront tout le temps secourus. Je trouve l’idée d’une amnistie fiscale déconnectée des réalités économiques, et de toute façon l’effet n’en sera que marginal. Dans la mesure où l’argent public est mis à contribution, pourquoi ne pas rendre les contribuables directement actionnaires ? Ce serait plus logique et conforme au système. C’est sans doute assez compliqué à mettre en place, mais on pourrait étudier un mécanisme inspiré par celui des SICAV…

Le MAGue : Tout le monde aspire à une réponse globale, mais chaque État prend les mesures qui lui paraissent appropriées, pourquoi un tel décalage ?

Patricia Charléty : Je ne suis pas dans le secret des dieux, mais j’imagine que les gouvernements respectifs ont peur de payer pour les autres et ils n’ont pas envie de mutualiser les risques. Il convient de garder à l’esprit que les économies sont très différentes d’un pays à l’autre, et nous ne sommes pas tous logés à la même enseigne. Des circuits financiers se sont plus exposés que d’autres, ils ont pris plus de risques ! Les conséquences ne seront pas non plus les mêmes pour chacun des pays dans leur gravité, quand bien même elles auront une cause structurelle identique.

Le MAGue : Plus on injecte d’argent public dans le secteur financier, plus ce dernier paraît se détériorer, pourquoi ?

Patricia Charléty : C’est vrai. Ce n’est pas logique. Un financement public massif devrait rassurer. Les acteurs se disent peut-être que la situation est encore pire qu’ils ne l’imaginaient. Il y a certainement un problème d’information. On assiste à un phénomène accélérateur. Une telle attitude est difficile à expliquer en dehors des phénomènes de modification des anticipations : le mécanisme auquel on assiste en ce moment est comme une bulle à l’envers. Je ne sais pas quand, ni comment interrompre cette spirale infernale. Les gens commencent à se poser des questions sur leur épargne. Si 10% des épargnants ont déjà songé à solder leur compte en banque, c’est un signe et c’est beaucoup !

Le MAGue : Quelles sont les conséquences pour les populations et combien de temps vont-elles subir cette nouvelle crise ?

Patricia Charléty : C’est plus grave qu’une crise classique. L’endettement public s’aggrave, le crédit se restreint, l’activité baisse ! En temps normal, il faut compter trois ans pour résorber une crise boursière. Mais puisque nous subissons deux crises en même temps, nous risquons d’en subir les conséquences beaucoup plus longtemps, peut-être une dizaine d’années. Nous subirons une perte de richesse difficile à estimer mais qui pourrait représenter jusqu’à 4 à 5% du PIB. La crise, si elle persiste, aura des conséquences au quotidien sur les ménages, avec une baisse du pouvoir d’achat et une aggravation du chômage. Tout au début, peu de gens imaginaient que ce serait aussi grave ! Pour moi, le changement fondamental est la modification des anticipations dans un sens inverse de ce qu’on aurait pu attendre après l’intervention des États ; ça, c’est vraiment paradoxal ! On ne pense plus de la même façon… La force du remède, relayée par les médias, a peut-être conduit à penser que la situation était pire et à affaiblir un peu plus le malade.

 

 


Son trou se fait plus grand plus on y met d’argent,
Au point qu’il paraît vain de sortir d’une impasse
Où la banque a ruiné dans l’œuf tout notre espace :
La crise est un grand fleuve au parcours outrageant.


Les cordons de la bourse ont pour câble un sergent
Qui n’a plus les galons dans l’art qu’il outrepasse,
Tout son monde a la fièvre et joue impair et passe,
Plus les cours ont fondu et plus d’ordre est urgent.


S’il a voulu causer un grand choc de confiance,
C’est raté ! Son mandat se vend d’insignifiance
Donc, chacun s’en retourne avec tous ses soucis…


Nous le voyons qui court toujours en bon apôtre
Sur les chemins du globe où des gens sont assis
Avec un faible espoir de manger sa soupe autre !

 

le 11/10/2008
Impression

5 Messages

  • 12 octobre 2008 09:59, par Antoine GED

    Chère Patricia Charléty,
    C’est avec beaucoup d’intérêt que je viens de prendre connaissance de votre interview !
    Mais, je le confesse, cette interview me laisse un goût d’inachevé ! De fait, si je partage vos analyses, à aucun moment je ne vois la moindre esquisse d’ébauche de solution à cette crise mondiale qui affecte, aujourd’hui, toutes nos économies !
    C’est donc à cet exercice que je vais me livrer ci-après !
    Mais, en tant qu’ancien élève de l’ESSEC s’adressant à l’un de ses plus éminents professeurs, je réclame, par avance, toute votre indulgence !
    Pourquoi ne pas lever un gigantesque emprunt, garanti par les Etats, qui permettrait à ces derniers de contre-carrer les très graves dysfonctionnements qui se font jour dans la mobilisation des fonds nécessaires au bon fonctionnement de nos banques et de nos entreprises ?
    J’y verrai au moins trois avantages :
    - Il ne serait pas nécessaire de faire appel à l’impôt pour mobiliser les fonds nécessaires, ce qui soulagerait d’autant les contribuables déjà très lourdement sollicités aujourd’hui !
    - Ces emprunts porteraient la signature des Etats et seraient donc susceptibles d’intéresser tous ces riches possédants prêts à souscrire, par centaines de milliards de dollars, bons du Trésor ou autres titres assimilés tels !
    - La levée de ces fonds serait quasi-instantanée et autoriserait toutes les actions de soutien financier que la conjoncture rendrait nécessaire !
    Quant à l’origine de cette crise, ses prémices anciennes, le diagnostic sur l’imminence de sa prochaine survenance, etc..., tout ceci avait fait, de ma part, l’objet d’une série de contributions lors d’un débat mené, dans les colonnes du Figaro.fr, le 4 Avril dernier, sous le chapeau " Où va le capitalisme ? " et que j’avais regroupées sous le titre " Tout et rien " !
    Peut-être trouverez-vous, sans forfanterie, quelque intérêt à en prendre connaissance ?
    A bientôt, peut-être ?
    Avec l’expression de mon plus fidèle souvenir,
    Antoine GED
  • 12 octobre 2008 11:28, par Antoine GED

    Chers Vous,
    Auriez-vous l’amabilité de me prévenir pour m’indiquer où et quand le message que je vous ai fait parvenir, en début de matinée, sera visible sur votre site ?
    Je vous en remercie à l’avance et vous souhaite une bonne journée !
    Cordialement,
    Antoine GED
    PS : Il ne vous aura pas échappé que mon dernier message vous est parvenu à l’identique à plusieurs reprises !
    Néanmoins, je tiens à vous signaler que seul le dernier de mes messages serait, éventuellement, à retenir par vous !
    En effet, dans mes précédents messages, j’avais mal orthographié le mot " dollars " , ce que j’ai rectifié dans le dernier de mes messages en corrigeant le mot " dollars " que j’avais improprement écrit " dollards " !
    Avec toutes mes excuses !
    A.G.
  • 12 octobre 2008 13:42, par Antoine GED

    Chers Vous,
    " Plus les cours ont fondu et plus d’ordre est urgent... ! ", avez-vous écrit, fort justement, dans votre si joli poème, rédigé en alexandrins, lettres noires sur fond or, qui apparaît sur ce site à la fin du présent article !
    Je ne sais qui est l’auteur de ce texte anonyme, mais sachez que son contenu est très vrai et que sa forme est exquise !
    Alors, à elle ou à lui, mes plus sincères félicitations !
    Cordialement,
    Antoine GED
  • 12 octobre 2008 23:47, par Romain

    Quel blabla mais quel blabla...
    venons en au fait et parlons concretement : est ce que le pack de heineken va augmenter ?? Si oui de combien ??
  • 4 mars 2009 10:23, par Antoine GED

    Cher Monsieur Ged,
    Attention !
    " Prémisses " ne s’écrit pas " Prémices " !
    Cordialement,
    Antoine GED