Lettre ouverte aux maîtres du Monde

Lettre ouverte aux maîtres du Monde

Donnez nous le pouvoir, tout de suite, et nous vous laisserons, peut-être, la vie sauve !

C’est un fait, vous êtes, aujourd’hui, les maîtres du Monde ! Vous avez tous les pouvoirs. Celui de la force. Celui de l’argent. Celui du contrôle des populations. Celui de la marchandisation, à votre profit, des choses et de la vie.

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Ici, là et ailleurs vous êtes les seigneurs et nous sommes vos serfs ! Et, pour la plupart d’entre nous, des serfs avec, dans la tête, la laisse de vos valeurs (loi du plus fort, individualisme, obsession du paraître, un estomac à la place du cœur…). Et vous avez même réussi à nous faire croire que si nous étions des serfs c’était de notre faute. Car, c’est sûr, au royaume du capitalisme, tous les serfs ont leur chance (toute petite) pour devenir des capitalistes !

En un mot comme en cent, vous nous avez niké sur toute la ligne ! Oh, bien sûr, ça a mis du temps. Spartacus vous a fait vaciller. Comme la révolte des Croquants. La révolution de 1789. La Commune de Paris. Les mutineries de 14-18. La révolution russe. Le Front Populaire. La révolution libertaire espagnole de 1936. Mai 68. Le sous commandant Marcos… Mais, à chaque fois vous avez su y faire. Jadis, le bâton. Aujourd’hui, toujours le bâton, mais seulement après l’échec (rare) de la carotte. Et, donc, vous croyez que vous êtes tout, que vous avez tout et que vous contrôlez tout !

Et pourtant, vous commencez à avoir peur ! A force de piller les biens communs que sont l’air, l’eau, les ressources naturelles (que votre cécité vous a fait croire éternelles et inépuisables), vous en êtes arrivés à détruire les conditions même de la vie sur la planète. C’est-à-dire à remettre en question les conditions de votre propre survie. Car, c’est incroyable, la fonte des pôles, le réchauffement climatique, le pourrissement de l’air et de l’eau, la fin de ressources naturelles ayant mis des millions d’années à se constituer, l’appauvrissement des sols, la désertification galopante, le cancer de l’urbanisation, les pauvres qui se reproduisent comme des lapins…, ne vont pas épargner les riches !

Alors, à quoi bon des châteaux, des comptes en banques, des serfs…, quand l’air et l’eau seront pourris, quand il n’y aura plus rien à bouffer que de la merde, quand l’argent ne permettra plus d’acheter ce qu’il n’y aura plus, quand le pouvoir n’aura plus aucune matérialisation, quand les jacqueries seront de chaque jour, et quand, vous et vos enfants, allez, comme nous, crever la gueule ouverte ?

Dur, dur, que d’être les maîtres du monde d’un monde en train d’imploser, et, donc, à court terme, les maîtres de rien, si ce n’est du cimetière que vous êtes en train de construire ! Votre capitalisme (privé ou d’Etat) a, aujourd’hui, atteint ses limites physiques et embrasse, désormais, l’absurde et le suicide à bouche que veux-tu. Et, comme nous, vous allez y avoir droit. Mais, il est clair que votre mort sera mouvementée. Lors de l’agonie finale et générale, les pauvres, sachez-le, vont venir brûler vos châteaux. Ils vous feront connaître les pires supplices qui soient. Et ils mettront vos têtes et celles de votre progéniture en haut de leurs piques. Les manants du désespoir c’est rarement « civilisé ».

Alors, pour vous, comme pour vos proches, ne perdez pas un instant. Donnez nous le pouvoir – tous les pouvoirs – et tout de suite ! Avouez vos crimes. Repentez-vous. Dites votre incompétence. Votre fatuité. Votre arrogance. Pleurez. Implorez. Et, priez pour qu’il ne soit pas trop tard !

Une fois que vous nous aurez remis les clefs, nous arrêterons tout. Le capitalisme. Le pillage des biens communs. Le productivisme pour le productivisme. La croissance pour la croissance. La financiarisation de l’économie. Les dépenses militaires. Les subventions aux patrons et aux curés. L’exploitation et l’oppression des êtres humains… Et nous mettrons en branle un monde nouveau. Une seule république. Le monde. Tous les humains égaux. Plus de frontière. On partage tout et on gère tout, ensemble. On en revient à l’essentiel. Se nourrir. Se vêtir. Se loger. Se cultiver. Tous et toutes. Sans exceptions. Et intelligemment. Sans détruire les conditions de la vie sur la planète. Et tout cela dans la liberté. Sans police politique. Les yeux dans les yeux. Avec le peuple pour seul juge et seul maître de son destin.

Est-il besoin de le préciser, il serait stupide et dangereux pour vous de chipoter sur ceci ou sur cela. Et, surtout, de donner le pouvoir aux écolos, aux socialistes, aux communistes, au petit facteur, à mamie Laguiller, aux synthésistes (entre Marx et Bakounine) d’Alternative libertaire, et même… aux anarchistes ! Ces gens là seraient capables d’accepter le pouvoir que vous leur offririez ! Et d’en faire le même usage que d’habitude !

Votre seule chance est, en fait, d’abandonner le pouvoir au peuple en espérant que, comme jadis, il commence par ouvrir les prisons. Sachez, mais ça n’est pas une assurance tous risques, nous autres anarchistes, nous nous emploierons, alors, à ce que vous ne soyez ni guillotinés, ni emprisonnés à vie.

Mais, on ne vous promet rien !

Chaucre le 1er mai 2008.

le 08/05/2008
Impression

15 Messages

  • 8 mai 2008 21:59, par Paco

    Notre ami Jean-Marc Raynaud sera au Salon du livre libertaire sur le stand des éditions Libertaires.
    Le salon du livre libertaire se déroulera le samedi 31 mai (de 10h à 20h) et le dimanche 1er juin (de 10h à 16h) à l’espace d’animations des Blancs Manteaux 48, rue Vieille-du-Temple, 75004 Paris. Entrée à prix libre.
  • 8 mai 2008 22:35, par Thomas Delavergne

    C’est marrant un anarchiste. Ca demande combien pour animer un mariage ?
    Allez sans rancune, car je vous rejoins à moitié : sur l’étatde serfs et d’écologie. Après...
  • 8 mai 2008 23:11, par Philippe CHAUVEAU-BEAUBATON

    Que de vérités... voila un programme bien sympathique, pour sauver enfin le monde et être moins con demain !
  • 9 mai 2008 14:02, par Alias

    J’adore cette « lettre ouverte » sur deux niveaux. Le côté « rendez-vous, vous êtes cernés ! » lancé par un habitant solitaire d’un bled de l’île d’Oléron est superbe.
    Et puis, derrière la farce, il y a un message terriblement juste, clairement énoncé, sur la situation de la planète. Qu’est-ce qu’ils ont dans le cigare tous ces cons de riches ? Aveuglés qu’ils sont par le profit immédiat, ils ne se rendent même pas compte que leur pognon ne leur servira à rien si la planète s’écroule. Adieu les profits, les paradis perdus (et fiscaux). Adieu la vie, adieu l’amour… OK, tous ces cons sont parfois de vieux cons. Ils ont fait leur temps et brûlent la bougie par les deux bouts. Après moi le déluge.
    Mais ils doivent bien avoir des enfants, des petits enfants ces enfoirés-là. Non ? Ces « maîtres du Monde », ça ne les dérangent pas de léguer une planète épuisée à des gosses (de riches certes, mais…) qui n’ont pas demandé à naître dans un tel pétrin ?
    Bon. Faut pas rêver. L’ultimatum de notre ami risque de ne pas être entendu. Les « manants du désespoir » vont donc devoir passer aux actes comme on le voit en ce moment dans les émeutes de la faim qui surgissent dans de nombreux pays.
    Question. Qui seront les barbares ? Celles et ceux qui découperont en rondelles les affameurs ou les prétendus maîtres qui réduisent en cendres tout espoir de construire une humanité meilleure ?
  • 9 mai 2008 22:10, par Jean CEMELI

    Un mal définitif - un mal structurel...
  • 10 mai 2008 22:07, par Txakal

    Moi, je graisse la guillotine tous les jours... au cas où... On leur laissera peut-être la vie sauve ? quoi ? ça va pas, non ?
  • 11 mai 2008 05:47, par Chantal COTTET

    Bonjour,
    Il est joli votre texte, mais aussi trompeur que la perpective des bienfaits du capitalisme pour tous !
    Vous proposez au peuple une énième insurrection pour aboutir à quoi ? à l’ogre capitaliste évidemment !
    Mieux vaudrait réfléchir un peu sur ce qu’est le capitalisme : la propriété privée OK ! On l’a vu c’est propre à la nature de l’homme qui a besoin de posséder. L’accumulation des biens ? Oui pourquoi pas si on l’a méritée avec son travail ! Mais là où ça ne va plus, c’est la transmission de ses biens au-delà de sa propre mort. Tu es mort, alors c’est fini pour toi de profiter et de décider d’en faire profiter !
    Et oui ! Le mal suprême c’est l’héritage ! L’héritage qui permet de générations en générations d’incapables d’accumuler du capital et de constituer des générations de rentiers voraces, respectés parce qu’enviés par le petit peuple ! L’héritage c’est le tabou des tabous ! On ne sait même pas d’où il vient et quand il a pris naissance dans l’esprit de l’homme. Mais voilà, chacun peut constater que ce sont les "petites gens" qui sont les plus accrochés à leur héritage !
    Qu’un Gouvernement avance la suppression de l’héritage pour tous et c’est l’insurrection immédiate de tout le peuple !
    Et pourtant, et pourtant, je rêve d’un monde où il n’y aurait plus d’héritage, où chacun laisserait à sa mort ses biens à la communauté pour que ces biens soient redistribués à tous les jeunes arrivant à l’âge de la majorité qui pourraient ainsi choisir entre se payer des études, sans que cela soit un poids pour leurs parents, acheter un appartement pour fonder un foyer, créer leur propre entreprise sans être les otages des grandes banques, racheter un bien familial auquel la famille tient particulièrement, etc.
    Un monde où l’on n’assassinerait plus nos vieux pour hériter plus vite, un monde où la famille n’exploserait pas au moment de l’héritage.
    Ce monde nouveau et plus juste c’est celui qui peut naître de la misère totale, lorsque le peuple ne possédera plus rien à transmettre !
    Chantal COTTET Artiste PYROplasticienne et ARTiviste

    Voir en ligne : www.collectif-justice.net


  • Devinette : Quel point commun y’a-t-il entre un vieux clochard échoué et un vieil anarchiste pathétique ? Réponse : la bouteille de Valstar
  • 11 mai 2008 22:03, par ycare

    C’est quoi ce "vous" ? Votre texte pue, il pue l’épuration, le goulag, les camps etc. ... Mais comme vous avez manifestement des prétentions morales (c’est à dire pas grand chose) vous vous donnez sans doute le droit de faire 80 millions de morts comme une ideologie bien connue, heureusement en perdition.
    Travaillez sur vous même, construisez vous une vie morale, avant de vous occuper de celle des autres, c’est à dire de "nous"
    Un dégouté

    • Il y a certaines leçons de "morale" vraiment gerbantes. Monsieur, vous êtes visiblement du bon côté du manche... Mais n’oubliez jamais que votre joli monde libéral se gave avec des centaines de millions de sinistrés, de déracinés, d’affamés, d’exploités, hommes, femmes, jeunes et vieux.
      Votre libéralisme pue la mort. Votre belle société est un goulag permanent pour ceux et celles qui n’ont pas les moyens d’accéder au minimum vital, dans les pays du Sud, bien sûr, comme dans ceux du Nord qui ont aussi leurs lots d’exclus.
      Dans votre monde capitaliste, c’est l’épuration quotidienne pour les pauvres. Longue est la liste des saloperies que vous mettez en place pour affamer et humilier les plus pauvres qui n’auront pas besoin de références idéologiques pour réclamer justice. Les ventres et les cœurs suffiront pour comprendre ce qu’il faut faire.
      Pour vivre dans la richesse et l’abondance, vous avez déclaré la guerre sociale aux pauvres, la majorité des gens de cette planète. Ne vous étonnez pas si les manants d’un peu partout viennent un jour vous réclamer des comptes.
      La paix sociale ne pourra revenir que lorsque la justice sociale règnera.
  • 18 mai 2008 16:46, par Roms

    Malheureusement, les riches, les plus riches, ce sont eux qui s’en sortiront. Ils trouveront des solutions pour continuer à jouir d’un peu d’air respirable et d’eau potable, et ils auront des armées de cerfs dociles, un peu mieux nourris que les autres, pour défendre leurs beaux chateaux. Le scénario sera celui de toujours, il n’y a pas de raison que ça change, ça ne fera qu’empirer. Et c’est la raison pour laquelle l’individualisme ne peut que se régénérer, chacun essayant de tirer son épingle du jeu.
    Contrairement à ce que vous dites, les fortunes extravagantes d’aujourd’hui seront très utiles demain, quand la VIE sera VRAIMENT CHÈRE.
  • 23 mai 2008 20:47, par la Singette

    Vraiment, c’est un texte bien agréable aux tripes et au cœur tous en chœur, sans dieu ni maître à gerber sur le rata, que tu nous propose Jean-Marc !
    Fraternité à toi et à toutes les compagnes et compagnons....
    Missdinguette la Singette qui se veut primate libre dans la joie et la bonne humeur, pour sûr et merde aux constipé(e)s de la dernière heure !
  • 10 septembre 2008 15:58, par clodo

    tout est vrai dans cette lettre, contrairement a ce que l’on pense l’esclavage n’est pas fini ,mais a pris une autre forme.tant qu’il y aura des riches il y aura des pauvres et vice versa.vous pouvez commençer a tremblé pauve naze de riche , nos machettes sont deja affutées,a moins que vous fassiez le necessaire pour que tout le monde puisse manger
  • 5 décembre 2008 11:29, par Rico

    excellent,
    mais dommage que sur ce blog il y ait de la pub pour ....
    Toshiba...géant informatique qui exploite sans complexe la misère humaine pour le profit !!
    ainsi , pour dénoncer le système, il faut aussi y participer ...
    que la force soit avec nous...
    Courage , Fuyons !!!!