YASMINA KHADRA, le rebelle aux commandes (interview)
C’est l’histoire d’un jeune Algérien qui à l’âge où mille autres vont à l’école, devient dès neuf ans militaire ! Il est aujourd’hui romancier, traduit dans 32 langues qu’il ne parle pas toujours, et jeune retraité de l’armée. Retraite qu’il n’avait pas forcément attendue pour sortir de son devoir de réserve, écrivant sous le pseudonyme de Yasmina Khadra (les deux prénoms de sa femme). Lorsqu’on lui demande si c’est son pseudo qui l’a préservé des représailles, il répond « à moins que ce ne soit la baracca » avec cette retenue orientale qui est sa marque. En France depuis six ans il est devenu un vrai Aixois, mais devra désormais multiplier les allers-retours en TGV puisque le voilà nommé directeur du Centre Culturel Algérien à Paris.
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Comment l’éternel frondeur devient-il un institutionnel, on te l’a proposé ?
Bien sûr ! C’est le Président de la République en personne qui me l’a demandé, publiquement, à la télévision devant des millions d’algériens ! Je ne pouvais pas dire non… J’ai été évidemment touché et trouve encourageant qu’il ait choisit de croire en un écrivain qui a été d’une extrême violence, et qui l’est toujours, en direction du système ! Et comme ce n’est pas dans mon éducation de dire non à quelqu’un qui m’accorde sa confiance, j’ai naturellement dit oui. Mais ce n’est pas évident…
Pourquoi ?
Certains ont trouvé ma réaction suspecte.
Comme si tu rentrais dans le rang…
Je suis et demeure complètement libre de ce que je pense, de ce que j’écris, j’ai accepté parce qu’il y a beaucoup de talents algériens qui ont besoin d’être écoutés et aidés ! Mais ce poste, je ne l’aurais jamais demandé, je ne cours pas après les honneurs et c’est surtout énormément de travail pour le faire bien… Hors, en tant qu’écrivain, j’ai besoin de ma disponibilité, de ma liberté de déplacement ; ainsi en 2008 j’ai des titres qui sortent dans vingt-cinq pays, avec la pression des éditeurs derrière moi qui attendent surtout que j’assure la promo... Alors en réalité, les gens qui savent qui je suis, et ce sont eux qui comptent à mes yeux, savent que je perds au change ! Mais je le fais pour mon pays…, pour faire œuvre utile.
Quels sont les premiers objectifs que tu t’es fixés ?
D’abord donner un nouveau souffle à ce centre jusque là sous perfusion… ou presque ! Ensuite ouvrir le centre à tous les talents algériens sans exclusion : personnellement, j’ai été persona non grata durant cinq ans dans ce centre… J’entends le désenclaver, le faire sortir du XV me arrondissement de Paris et l’amener dans les banlieues, dans d’autres villes, partout où il y a une forte concentration de la communauté algérienne.
Dans cette tâche… immense, quels sont tes partenaires privilégiés ?
J’essaie de collaborer étroitement avec les organismes culturels de France et en coopération avec les consuls algériens. Par exemple, on va ouvrir des Maisons Algérie dans les grandes villes de France, Toulouse, Bordeaux, etc. La première sera d’ailleurs à Marseille, voilà un scoop pour toi !
Ca va être où ?
Exactement ? Je ne connais pas assez bien Marseille… C’est du côté de la préfecture. Un immeuble a été mis à disposition par le consul général : précisons que c’est un bien immobilier algérien !
Pour finir, parlons de l’auteur Yasmina Khadra. Il nous prépare quoi ?
Mon prochain roman racontera l’Algérie des années 1930… Ca fait longtemps que j’ambitionne de l’écrire, c’est un gros travail mais je suis motivé, car ce livre est très attendu par les pieds-noirs.
Ca va s’appeler ?
C’est trop tôt pour te le dire… En deux mots c’est une saga algérienne, qui mêle amour et amitié au temps des colonies.
Interview publiée en partenariat avec le bi-mensuel MARSEILLE LA CITE
