Abdullah Gül, ancien banquier, professeur d’économie issu du parti fondamentaliste AKP est donc élu à la présidence de la Turquie. Il s’est engagé à défendre les principes laïques de la république et à se comporter en chef d’État impartial, ce qui est interprété comme un souci d’apaiser les tensions intérieures, mais aussi d’éviter de bloquer le lent processus d’adhésion de son pays à l’Union européenne. Les négociations avaient repris mardi sur des dossiers vraiment techniques afin d’attendre l’issue du scrutin parlementaire, qui a logiquement désigné le ministre des Affaires étrangères du gouvernement Erdogan, déjà mis à mal au printemps dernier sur cette même question : l’armée, gardienne du temple laïque, avait menacé de faire un coup d’État si Recep Tayyip Erdogan s’obstinait à maintenir sa candidature à la présidence de la République turque. L’homme avait déjà participé au gouvernement Erbakan, qui a été renversé par les militaires, et il y revient dès 2003, pour y être l’artisan du rapprochement avec l’Europe : et c’est en raison de ses bons contacts avec ses dirigeants et la Commission européenne qu’il a été choisi… L’objectif turc est clair, mais représente un sérieux défi, tant les réticences sont vives sur le continent européen, vis-à-vis des islamistes, autant que par rapport aux délocalisations et à la main d’œuvre à bas coût, des problèmes auxquels l’économie turque n’est pas étrangère. Lundi déjà, le président de la République française a montré moins d’intransigeance, acceptant la poursuite des négociations entre Ankara et Bruxelles. Il ne faut pas se voiler la face : sur nos atlas, la Turquie est aussi en Europe !