C’est inouï que des programmateurs, un patron de chaîne et des gens dont le métier c’est la télévision aient accepté en leur canal libre un Edouard Baer égal à lui même, prince emmailloté du quinzième degré perpétuel, de l’improvisation jubilatoire qui fait mouche, qui pêche avec sa grosse canne subtile dans les eaux pleines de la déconnade ubuesque.
Oui, mais c’est rassurant et mouillant de savoir que Baer plonge les deux pieds en avant et aille au bout de sa logique de création. « Le grand plongeoir » est la dernière raison pour laquelle je ne jette pas mon poste à la mer, du moins pas avant septembre.
« Le Grand plongeoir » n’est pas une émission « Grand Public » faite pour plaire à un panel très large. C’est très branchouille, très intello, surréaliste, très parisien, créatif, drôle et bourgeois. Sorte de cocktail surréaliste improbable qui fonctionnerait comme le centre de visionnage avec des bouts de ficelles, comme une focale colorée sur l’arrière court de répétition d’une troupe ringarde de second zone, bercée par le génie et la faconde de son chef de file...
La théâtralité intrinsèque de Baer est ce qui peut arriver de mieux à la télévision, à la fois spectacle épatant et fou et école de l’esprit critique, de la dérision et de l’auto foutage de gueule conscient.
Edouard fait l’émission que j’aime, celle que j’aurais produite si je n’étais pas si occupé en ce moment avec mes romans à paraître, mes festivals à programmer et ma vie sexuelle si chargée.
Avec sa poésie, sa faconde et son style il ringardise en une assertion sans filet tous les présentateurs du PAF, rend Jean-Pierre Foucauld, Christophe Dechavanne et Evelyne Thomas en face d’eux-mêmes, apparaissant aussi fades non-inspirés et poussifs qu’un livre de Valérie Tuong-Cuong ou de Yann Moix..
Baer a inventé un style télévisuel, une écriture des médias, un personnage à la fois attachant et énervant, charmeur, dandyesque et charismatique pour rattraper tous ses délires. Profondément humain et bon, fidèle et libre. Un grand guignol fédérateur qui mériterait de passer plus qu’un Eté en deuxième partie de soirée à l’ombre du service public.
J’avais rêvé d’un média et Edouard Baer l’a fait. Chapeau bas l’Artiste !
