Tandis qu’on met à Berlin la dernière main aux préparatifs de la célébration des cinquante ans du Traité de Rome, en France, l’attention se focalise sur l’identité nationale. Charité bien ordonnée commence par soi-même, il convient de faire le ménage à l’intérieur avant d’aller balayer devant la porte… D’autant plus que la question européenne est aujourd’hui d’une complexité folle, après l’échec du traité constitutionnel en 2005 : quelles sont ses frontières naturelles, quelles doivent être les règles qui régissent ses acteurs traditionnels, nouvellement admis, et ses membres à venir, sur quelles bases peut-on gérer des projets communs ? Tous les problèmes qu’un texte abscons prétendait résoudre surgissent avec une acuité particulière après son rejet : l’adhésion de la Turquie, la politique étrangère et les décisions communes, le fiasco de l’aéronautique européenne sont autant de serpents de mer qu’on préfèrerait cacher sous le tapis, mais les questions essentielles n’ayant jamais été réglées, ceux-ci réapparaissent régulièrement. Si l’on y regarde à deux fois, la construction européenne s’est réalisée en dépit de fortes et de constantes réticences, Jean-Marie Le Pen se fait un malin plaisir à en témoigner. C’est pourquoi Maurice Faure, Secrétaire d’État aux Affaires étrangères du gouvernement de Guy Mollet et signataire du Traité de Rome le 25 mars 1957, défendait ainsi le texte devant l’Assemblée nationale : nous vivons aujourd’hui sur une fiction qui consiste à dire : il y a quatre grands dans ce monde. Eh bien non ! Il y en a deux : l’Amérique et la Russie. Il y en aura un prochain à la fin du siècle : la Chine. Il dépend de nous qu’il y en ait un quatrième : l’Europe. Une vision prémonitoire et une ambition qui tient encore.