Invisible, les Bérurier Noir

Invisible, les Bérurier Noir

Les Bérus c’est le duo incontournable de la vague @lternative des années 80, leur premier album sorti chez New Rose en 1983 à l’instar du “Vite avant la saisie” de la Horde sorti en 1982, est une bombe dans la tronche du rock français, qui vénéraient des groupes anglo-saxons en plein déclin, les Bérus proposèrent un style, un son, un spectacle novateur et engagé !

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Les textes de François Béru sont des hymnes, ces enfants de la rue fruits d’une action directe entre Arlette Laguiller et Métal U, toujours du côté de la jeunesse et des laissés pour compte, ce groupe a connu les pires déboires, tournées dans des camions de fortune, concerts de soutien dans des squatts et des causes perdues.

Pendus au sein du label Bondage, une mère fratricide qui finança de nombreux groupes lorsque les Bérus rapportèrent une manne, le comble pour un groupe anti-system est de devenir célèbre et de rapporter de l’argent, c’est toute la contradiction des BxN, gravitant les marches de la renommée rencontrant le public avec des chansons phares telles que le festif “Salut à toi” ou l’insolent “La jeunesse emmerde le Front National”, relayés par la presse rock et les radios, les Bérus finirent par être courtisés par les Majors, le succès se confirmant le choix s’avérerait difficile d’un côté assumer d’être un groupe à succès, de l’autre se saborder, c’est la solution la plus Kamikaze que prirent les deux clowns en donnant trois derniers concerts à l’Olympia. Je garderai toujours en moi le souvenir de Loran qui tenait la scène tout seul en ouverture avec sa 6 cordes scotchée harcelant des riffs tel Angus Young ! Les titres s’enchaînaient marqués par la boîte à rythmes folle qui donne aux Bérus cette couleur si caractéristique, avec les interventions du Crew Béru, une ingérable bande qui les accompagnait partout dans leurs concerts chaotiques. Et puis ce fut la séparation, Loran vivait dans son tipi en pierre perdu dans les bois et François cherchait désespérément à concrétiser son rêve d’avoir une famille nombreuse et heureuse comme dans la chanson des Négresses Vertes.

Des années passèrent ... Mitterand quitta la scène, Jacques Chirac imposa une politique culturelle majoritaire et le tout à droite inventa les artistes à jeter balayant la création au profit du tout formaté et des clowns transgéniques ...

La rebellion made in France n’était plus qu’un souvenir, la fin d’une alternative et le manque de création des Multinationales dont la volonté unique se résume à vendre massivement à coups de campagnes de promotion démentielles et de publicité abrasives imposant au public des artistes sans goût et sans saveur. Suite à la rencontre avec un moine fou aux pouvoirs divinatoires et contre toute attente les Bérus se reformèrent pour donner deux nouveaux albums l’Opéra des loups, et finalement "Invisible" leur dernier album, dont le titre évoque de nouveau une dispersion et une disparition sur la piste inconnue ... sur les pas des rêves perdus, les héros se lassent aussi de hurler au fond des bois.

Le cerf, le druide et le loup sonne comme un hymne miyazakien de la princesse Mononoké d’un monde de bonté dénaturé par la cruauté de l’homme.

En espérant que la fille du Delta apporte au fond de ses yeux parme un peu de ce bonheur inattendu.
Fidèle à ses idées, les textes de François conjuguent la verve contestataire pleine de nostalgie d’une époque révolue et des récits de voyage rimbaldiens, il y a un peu de Molodoi et beaucoup de BxN dans cet album funèbre.

Il reste sûrement quelque part une main pour lever le drapeau rouge et noir de la révolte !
Quel groupe français peut se vanter d’avoir autant agité la jeunesse que les Bérus ?

Ces enfants du chaos sont des experts en rébellion dans cette France si morose qu’on entend plus que les tambours des machines à laver avec des programmes de rinçage de nos oreilles par les radios commerciales à la solde des gourous du profit, à genoux devant le miroir du Dieu Argent !

le 01/02/2007
Impression

4 Messages

  • 14 mars 2007 22:25, par L’enfant bulle

    Salut à vous, Maître Gogol,
    Je n’ai que très recemment appris votre renaissance... que vous portiez la bonne parole ici me comble de joie (sentiment que j’exprimais humblement en eventrant trois poneys lors de l’eclipse lunaire).
    Votre article raisonne étrangement à mes oreilles de mi-trentenaire bedonnant : je me suis mis depuis quelques mois à rechercher et redécouvrir les titres de Bérus et de votre noire sainteté.
    Vous avez marqué ma vie de collègien rural en recherche d’identité avec votre bruyante intelligence. Je passais pour un dégénéré ... et j’aimais ça ! (alors que maintenant je conduis un Berlingo et fais la danse du ventre devant mon banquier pour un prêt immobilier... bon, je continue la gratte...mais, putain, quand la vie veut te tacler, elle vise la carotide...et le rectum).
    Il y a un peu plus d’une semaine, je faisais écouter à deux de mes élèves l’extraordinaire "Adolf, mon amour"... et je suis à deux doigts de leur faire étudier en cours, "Je pisse..."
    Merci à toi Gogol, à vous les Bérus, à Ludwig von 88, aux Tulaviok et aux autres...
    Vivement que ma génération devienne le coeur de cible de "Radio Nostalgie", ça va chier dans la salle commune du "Terminus", maison de retraite où ma fille me laissera doucement m’éteindre.

    Voir en ligne : Et merde...

    • Invisible, les Bérurier Noir 31 mars 2007 22:04, par Luc

      Pour éventrer trois poneys, il faut manquer de coeur et de d’informations : Gogol Premier est végétarien et défend activement les animaux, notamment avec l’association Ani-malhomme (www.ani-malhomme.com).
      On continue de bouger, pendant que tu agites ton ventre devant ton banquier ! Viens nous rejoindre et oublie ton prêt immobilier !!!
      • Invisible, les Bérurier Noir 27 avril 2007 13:27, par l’enfant bulle

        Vous rejoindre... Désolé, mais je suis carnivore et la graisse abdominale de plusieurs années de cuisine bourgeoise m’empêche de pogoter en hurlant "I fought the law !" sous peine de triple pontage (que je devrais d’ailleurs me dépêcher d’effectuer avant que la sécu disparaisse...).
        Je me contente de lutter en tentant de rendre mes élèves plus intelligents, moins manipulables (tout en sachant que l’on l’est toujours...) et en démontant le discours sécuritairo-libérale du magyar épileptique.
        L’intelligence est sans doute la meilleure arme (le lance-roquette est pas mal non plus... mais ayant été objecteur de conscience, mes convictions m’interdisent son usage...bien que la tentation est parfois grande...).

        Voir en ligne : Et merde ...

        • Invisible, les Bérurier Noir 27 septembre 2007 17:14, par Olivier 21

          N’avez vous pas l’impression de ceder à la tentation un peu facile du "C’etait mieux avant !" ?
          J’ai pour ma part veneré les Bérus, je les ecoute encore très regulièrement, mais je ne pense pas qu’il faille stigmatiser la disparition des groupes libertaires et contestataires en France.
          On a simplement changé de génération, le rap a succedé au punk, mais les revendications sont restées les mêmes. les Djeunes de banlieux ont remplacé les blousons de cuir.
          Gloire aux béru, au punk des 80’, à NTM, Freko Ding et, plus généralement, à toutes les musique de revoltés !
          Olivier 21