le texte entier du livre, sera bientot sur le net.
Les Dogs, la tournée.
Besançon.
Les Dogs un groupe de Rouen sont en tournée promotionnelle en France. Je suis contacté par un tourneur de Lyon. Il veut organiser trois dates avec moi, une à Besançon, la deuxième à Audincourt et la dernière à Péronas. C’est Virgin qui est aux manettes. Fini l’improvisation, tout est calculé, des milliers d’affiches sont fournies, la billetterie suit. Mes points de vente pour les locations sont rapidement opérationnels.
L’affichage est assuré avec une efficacité redoutable. Aucun endroit stratégique n’est oublié. Une équipe est chargée de surveiller la visibilité de mon boulot, à peine recouverte nos affiches pavoisent de plus belle sur les panneaux et colonnes Maurice de la région. Enfin des moyens adaptés me sont offerts j’en profite allégrement.
La date de Besançon est prévue le même jour qu’un concert de Téléphone au palais des sports de la même ville. Le type qui loue les salles de spectacle à Besançon est aussi l’organisateur du concert de Téléphone. Il a évidemment totalement oublié de prévenir qu’ Aubert et ses acolytes me poseraient un vrai problème. La concurrence va être rude. Visiblement Monsieur Musique à Besançon veut me sécher.
Nous sommes à J-un du concert. Je suis avec Guy, nous affichons pour Besançon. Nous écoutons la radio dans la voiture, quand une nouvelle fabuleuse tombe. Bertignac (qui nikera Carla un peu plus tard) s’est cassé le bras en tombant de scène la veille. Le concert de Téléphone est annulé. Ces gars qui me posaient problèmes sont tout à coup mes associés malgré eux. Je te fais un petit coucou Bertignac. On se déchaîne, Guy et moi, nous placardons Besançon d’affiches des Dogs, nous recouvrons tout. Nous affichons le tour du théâtre de Besançon, c’est le fief de Monsieur Musique à Besançon. Vexé, il tente de me joindre au téléphone (pas mal le jeu de mot), il ne peut évidemment pas puisque je suis à deux pas de lui. Il veut annuler la location du Lux . Nous rentrons, Martine me prévient, j’appelle tout de suite Jean Pierre Collin, mon protecteur. Il se fera l’avocat du Diable, je rappelle que Jean Pierre jouit d’une notoriété certaine sur la région. Il l’entreprend au téléphone. Mon loueur se fait tout penaud, cinq minutes ont suffit à le convaincre de ne pas faire cette connerie. Jean Pierre disposait d’un système téléphonique où on pouvait palabrer à trois, j’avais les oreilles et j’étais muet comme une carpe, si tu savais mon cher Lionel l’air con que tu avais…
Les Dogs sont là. La sono et les instruments sont installés. Un problème électrique surgit. La sono n’est pas mise à la terre, d’où un bruit très gênant en permanence dans les hauts parleurs. Sans parler du risque d’électrocution des musiciens sur scène. Nous faisons intervenir le concierge du Lux. Il prévient mon loueur (le Lionel), il est vite sur place. Sa Jaguar garée, il entre dans la salle de concert très énervé.
Alors que se passe t’il ?
Le responsable technique de la sono expose le souci.

La mise à la terre n’est pas bonne !

Vous êtes les premiers à vous plaindre, Julien Clerc a joué récemment ici, il n’a pas eu de problème !!! Et d’abord où est monsieur Kuenzi ?
Aucune réponse, il est à deux mètres de moi. Il insiste.

Où est le responsable ???
Toujours pas de réponse…Le concierge du Lux appelle..

On demande monsieur Kuenzi il n’y a plus de location disponible dans les magasins de Besançon.
Mon loueur est rouge de colère. Je vais en direction du concierge.

C’est moi monsieur Kuenzi... (Je suis à un mètre de l’énervé)
Mon loueur est vert, la honte soudain l’envahit. L’équipe en place se bidonne, mon tordu prend un téléphone, fait intervenir un électricien de la ville de Besançon, la panne est réglée en cinq minutes.
A vrai dire je me fous de ce type, nous avons un souci électrique, nous réglons ce problème c’est tout.
Le Lux est bondé. En première partie, Antigel, un groupe de mon coin est sur scène. Je me rends vite compte de l’erreur. Le public est chauvin, j’aurai du prendre un groupe de Besançon pour assurer la première partie. J’y penserai la prochaine fois.
Le passage des Dogs est apprécié, l’ambiance est géniale, ça saute de partout…
Audincourt.
Le lendemain, c’est Audincourt. Les « Enfants du Rock » sont présents. Ils m’ont demandé à filmer le concert, j’accepte. Un reportage est en cour, il concerne le rock à Montbéliard, pas très futé le documentaire, il est très mal fait, plein de clichés racoleurs…Je percute vite, le gars responsable du tournage est un reporter comme je les déteste. Du coup, je ne veux pas être interviewé. Le documentaire ne concerne que quelques pauvres jeunes en mal de notoriété. Des pseudos punks, qui ne feront de la musique que l’espace d’une mode. Les clichés sont minables, Peugeot ici, Peugeot là, les gens des patelins le savent déjà, pas la peine d’en rajouter. En plus, c’est insultant vis à vis des parents, et bien sûr, de la population en entier. Imaginez trois guignols sur le toit d’une tour, décrivant un environnement industriel, en pointant le doigt sur les travers évidents que ça implique. C’est Chicago ; cette pitoyable mise en scène a refroidie les gents d’ici. Notons, en plus, que les héros de ce ramassis de niaiseries n’on jamais mis les pieds dans une entreprise. Vous faites dix kilomètres dans n’importe quelle direction autour de Peugeot, et vous découvrez des paysages magnifiques. Sans parler de la qualité morale de pas mal de gens d’ici, il n’y a heureusement pas que des bœufs à Montbéliard.
Les Dogs et Antigel sont néanmoins filmés, Antigel, le groupe local, atténue un peu la pauvreté de cette histoire montée de toute pièce. Le passage musical aux « Enfants du Rock » de mes préférés fait des jaloux, quel dommage. La jalousie rend sourd, c’est sûrement ça.
Péronas.
Déjà le dernier concert des Dogs assuré par mon équipe. Quelle équipe ??? Je vais vous décrire ça.
Jean no, pianiste, un mètre quatre vingt dix, cent kilos, très bon pianiste…
Mimile, je ne l’ai jamais vu à poil, un black monté comme Duranton, des épaules qui foutent la trouille, il se marre en permanence…
Rémi, le journaliste, l’intello, enfin ce qu’il en reste dans ces moments prenant, notre compagnie lui rappelle qu’il n’est pas là pour phraser (je suis obligé de dire qu’il n’est pas intello, sinon il me poursuit en justice, mais non, mon Rémi tu n’es pas un intello)
Vincent, s’il n’était pas là, je l’invite, c’est la nounou de mon gamin Fabien resté à la maison…
Guy, imprévisible, mon père disait de lui , il ne sait pas se battre, quelle dommage. Les premiers vols planés dans le public ont été pourtant inventées par lui, (sauf qu’il s’éclatait par terre le malpoli qui voulait embrasser le chanteur) redoutable, le Guy, imprévisible…
Martine est là, enfin ma dulcinée va vivre des moments inoubliables, elle est nommée à la caisse, son ascension sociale n’a rien à voir avec le droit de cuissage…
Pour terminer, Charline, trop belle pour être vraie, nulle part et partout, elle ne compte pas, ne calcule pas, elle vit des instants précieux, à l’occasion assume l’intendance…
Elle n’est pas belle mon équipe ??? Efficace en tout cas !!! Pas le moindre ennui tout au long de nos concerts. Pas de gros bras, ça ne sert à rien, sinon faire louche. Je vais vous raconter le concert de
Péronas, juste à coté de Bourg en Bresse.
Deux pompiers de la ville et un représentant de la mairie de Peronas nous attendent à la salle, il est quinze heures environ.

Vous n’êtes pas très nombreux ???

Oui et puis ?

On nous a déjà démonté la salle !!!

Et s’il n’y a rien à démonter ?

Comment allez vous faire ?

Pour commencer, rentrez moi ses gradins que les jeunes puissent bouger. Une table à l’entrée de la salle suffira pour le contrôle de la billetterie. Deux cendriers sur pieds que les mélomanes éteignent leurs cigarettes avant d’entrer et ça suffit. Le reste se fera naturellement.

Si vous le dites…
Le représentant de la ville de Péronas n’y croit pas. Les pompiers sont moins septiques, Ils en rient, C’est la première fois qu’on leur demande une salle vide.
C’est la dernière date que nous faisons avec les Dogs ; pour l’occasion, Virgin a envoyé son armada. Direction artistique et promoteur commercial sont là. Mon associé d’une tournée, le Lyonnais, se la joue pire que tout. S’en est comique. Il a apporté une collation de sous préfet, charcuterie de Lyon, fromage de pays, le tout arrosé d’un petit beaujolais de derrière les fagots. Ce n’est pas désagréable, nous nous sommes tapés plus de trois cent kilomètres. Nous le remercions comme il convient, en se goinfrant de ses friandises de patelin (le tout arrosé d’un beaujolais de derrière les fagots). Au moment du gâteau, notre Lyonnais se transforme en abruti, il a décidé que Guy n’en aurait pas. Pourquoi, mystère… Heureusement il y a dans notre tribu Charline, elle passera dix fois devant le vacherin, en prendra chaque fois, et c’est Guy qui se les enfile la tête contre un mur. Personne n’est dupe, à vrai dire, c’est le dernier concert avec mon associé, qui se transforme en requin. Il ne va pas être déçu.
Nous avons pris du retard pour la mise en place de la sono et des instruments. Mon équipe est mobilisée, en moins d’une demi heure tout est sur scène. La balance peut commencer, trois groupies des Dogs sont dans la salle. Le Lyonnais les invite à sortir, je me trouve à proximité. Là c’est trop, non seulement ils restent, mais en plus je les invite au concert. Le Lyonnais est furieux, je m’en balance.
Le groupe de première partie s’est occupé de la promotion, c’est une réussite, le concert rassemble plus de six cent personnes. Leur répertoire est agréable, blues, parfois rock sauce poulet de Bresse, toujours est-il qu’ils ont rempli la salle. Le merci du Lyonnais est pitoyable. Au dessus de cinq cent personnes, le groupe de première partie empoche un pourcentage de la recette. Mon imbécile d’associé prétexte je ne sais quoi, ils repartent les mains vides, Rémi me prévient, il a été à la caisse toute la soirée, il est donc prévenu de cette supercherie. Je vois les musiciens et leur donne la part qui est convenue.
Le tourneur et manager des Dogs assiste à ces péripéties glauques. Il est dégoûté, en même temps ne cache pas sa joie devant nos réactions.
Il s’approche de moi et me dit :

Tu peux t’occuper de nos tournées ?
La réponse est immédiate.

Je veux bien faire le tourneur, mais je suis déjà tourneur sur métaux.
Il se marre, mais ne cache pas sa déception.
La prestation des Dogs a été géniale. Guy n’a pas oublié de jeter de scène deux ou trois imprudents. Charline assure l’intendance avec un zèle remarqué. Mimile et son sourire permanent veille au grain. Jean No, bras croisés sur la poitrine, mate nos futurs mélomanes qui passent le contrôle. Rémi et Martine sont à la caisse :

Bonsoir mesdames, bonsoir messieurs.
C’est la routine, rock n’ roll quand même. Je suis à gauche, à droite, je n’ai rien à faire. Mon équipe est parfaite.
Le concert fini, nous remballons le matos. Le restau nous attend, mon Lyonnais a fait ça bien. La réservation est faite dans un endroit aussi con que le patron du lieu. Tentures en velours aux fenêtres, moquette épaisse au sol, tu y ferais paître un troupeau de chèvres. La place de chacun est indiquée, je me retrouve à la table des officiels (à celle du Lyonnais). Je ne suis pas le seul à être déçu, mes potes pour commencer je ne suis pas vers eux, et la moitié des convives qui se trouvent à cette table n’ont rien à voir avec ce connard. (Il n’y a pas que des imbéciles dans ce milieu…)
Les techniciens de la sono sont anglais, et comme chacun sait en cuisine il n’y a pas mieux, l’un d’eux commence par une salade (huile et vinaigre) sur la tête frisée d’Antoine le guitariste des Dogs. C’est parti, la déjante est totale.
Les places recommandées par le Lyonnais sont bousculées. Tout le monde se retrouve là ou il se sent bien, les officiels se comptent sur les doigts d’une main à une table qui devrait compter plus de dix personnes. Les serveurs sont paumés, le patron pique sa crise et engueule le Lyonnais. Les tentures en velours servent d’essuie mains, la moquette de garde manger. L’ambiance est franchement rock n’ roll. Il y a une boite à l’étage inférieur du restau, nous tentons une incursion, peine perdue, nous sommes nez à nez avec le patron du lieu et quatre malabars aux ordres. Fini les mondanités, les mots d’oiseaux fusent, on se marre et nous reprenons la route.
Les Dogs, et leur manager doivent garder un sacré souvenir de ces trois dates qui resteront gravées à jamais dans un petit coin de ma tête. A Dominique, le leader, chanteur et guitariste des Dogs, je veux rendre hommage, il est décédé il y a quelques temps.