"A vau-l’eau", traduit du roumain par Florica Courriol, est un livre qui vous happe, qui vous entraîne dans son souffle, dans sa folie amoureuse, dans sa perte du contrôle des sens, le tout très ancré dans un décor politico-social qui coïncide avec une période très précise historiquement et géographiquement : l’après Ceausescu, des bords de la mer noire à Timisoara, en passant par Bucarest.
Ce roman d’une richesse infinie, c’est d’abord un rythme haletant qui nous pousse dans le récit, qui capte toute votre attention et vous propulse témoin omniscient étrange, entre une femme et un homme, entre masochisme, domination et dépendance sexuelle.
Cadiro Ghindracuces en parfait double de l’auteur, parle en son nom et pour toute une génération d’écrivains qui ont survécu à l’idéologie dominante, témoin privilégiée des changements qui s’opèrent dans son pays ; elle est la voix d’une femme sensible, complexe, amoureuse, perdue, qui nous confie ses doutes, ses errances, ses solitudes et décrit toute une galerie de personnages attachants, paumés ou géniaux.
Dans un monde désorganisé, tout va à vau-l’eau : l’amour, la politique, les rapports humains. Il faut trouver un sens dans ce bordel organisé quasiment en institutions culturelles comme c’est évoqué dans le livre.
On est vraiment admiratif de ce style qui a une énergie folle et qui touche parfois la schizophrénie sans jamais dépasser la frontière de la folie ou de la désintégration.
Rodica Draghincescu, même si elle a une œuvre poétique forte à côté de ses trop rares productions romanesques, est un écrivain de très haut niveau qui ferait bien d’être lu par toute la jeune génération qui trouverait dans sa manière de s’approprier le mot, la phrase, le syntagme, les langues et la grammaire, une audace libertaire qui pourrait bien servir de modèle.
Une curiosité qui mériterait bien d’être fêtée comme le livre d’un très grand auteur citoyen du monde, car Rodica s’exprime parfaitement dans notre langue. A découvrir d’urgence.
