Le concept est original, et cohérent avec la démarche de Louis Marie, surnommé Bô par ses amis car cela veut dire "ami" en Asie. A la fois comédien et peintre, il travaille la nuit à l’acrylique.
Bô a plusieurs visages, plusieurs vies en une, il se bat, se débat avec d’étranges fantômes...des dualités obsédantes et inquiétantes, douces et lumineuses.
Nous avons eu la chance que Bô lui-même nous présente ses tableaux au cours d’une exposition éphèmère dans des bureaux transformés en galerie. L’interrogeant sur
la récurrence du travail sur le masque « envisagé » dans son travail pictural, celui-ci me raconte qu’il n’a jamais connu les traits physiques de ses géniteurs dont il sait simplement qu’ils étaient asiatiques et cherokee.
Ses tableaux apparaissent comme une expression d’un procédé mental pour imaginer les figures qui l’ont construit.

Son travail depuis 1989 l’a beaucoup aidé à faire cette recherche identitaire sur lui-même, à mieux se connaître, à mieux comprendre sa propre violence et à
la canaliser d’une manière saisissante. Bô parle avec passion et sincérité de ses projections picturales, il n’est avare d’aucun sentiment, son oil est généreux.
Le fil rouge qui nous montre le chemin à suivre dans quasiment toutes ses toiles, nous donne des clefs pour entrer dans son ouvre et permet de prolonger un
tableau au delà du cadre. On mêle alors notre propre histoire à la sienne. On se sent libre de pénétrer dans son monde qui, même s’il est parfois sombre, n’est jamais désespéré puisqu’il y a toujours de la magie, de la divinité voir un archange en filigrane.
Ses oeuvres de petits et grands format, ses dyptiques, tryptiques sont pour la plupart des visages simples, doubles ou triples dans un sur-cadrage que lui-même a
institué au milieu de la toile ; il y a aussi, presque à chaque fois, une ligne horizontale qui témoigne du temps, de la chronologie, la ligne de fuite qu’il tente de perpétuellement apprivoiser.
Sa peinture très américaine dans sa construction, sa composition et ses thématiques témoignent d’une sorte d’universalité du métissage, Bô est dans une phase
d’introspection qui lui fait aller aux méandres de sa propre histoire, à l’essence de sa génétique intime.
Ses tableaux sont les écrans de ses douleurs, ils suivent ses émotions les plus fortes. Bô s’expose avec un partage total, quitte à se mettre à nu dans ses
peintures, exhibant son esprit, ses doutes, ses errances, mais aussi sa poésie très imaginative et sensible aux contemplateurs.
Le 11 septembre, les émeutes en banlieues, les lieux les plus urbains sont des moteurs de création pour Bô qui a besoin de faire de son travail un engagement
"politique" dans le sens premier du terme.
Bô se sent impliqué dans ce monde, dépassant souvent sa propre recherche ethnique pour aller puiser, dans les drames collectifs ou les visions d’ailleurs,qui
deviennent les décors de son expression personnelle multiple.
Il y a un côté faussement naïf dans le Bô regard de ce jeune homme de presque quarante ans qui en fait dix de moins ; son travail mérite d’être encouragé car il est
n’est pas démagogue ou empreint d’expression bourgeoise d’un comédien qui voudrait un peu se mettre en danger en étoffant sa palette de création.
Il y a une nécessité vitale chez Bô qui lui donne une urgence à témoigner sur lui-même et le monde auquel il appartient.Avec un travail en totalité parfois encore
inégal, il y a dans cette production-là des tableaux qui forcent le respect, qu’on voit et revoit, qu’on aimerait posséder, des petits bijoux historiques et cruels, modernes et séculaires.
BO GAULTIER DE KERMOAL, un artiste à suivre, à voir grandir et s’épanouir.

