A la télé, sitôt que la nation, la race blanche, l’homme blanc, le colonialisme, etc, sont mis en danger (et ça arrive souvent, pensez !), il accourt sur ses petites jambes, mais sans Bernardo, le Zorro des gogos : Eric Zemmour
Eric Zemmour. Echec à l’ENA : fondateur. Carrière grisâtre au Figaro . Bonnes intuitions sur Chirac. Fait des ménages sur I-Télé. Recevait volontiers les jeunes journalistes au Brazza , quand le Figaro était encore en face. Quand c’était mieux : avant.
Rayon nanas, une. La sienne. Qu’il avoue, en creux, avoir du mal à désirer depuis qu’il l’aime. Physique compliqué et complexe. Brun et petit comme on est grand et blond. Un côté mandibules dans les paluches, comme Finkielkraut - qu’il a terrassé médiatiquement.
Il a compris que son intelligence tenait à six-huit mois d’avance sur les autres. Après avoir cru qu’on le lui reconnaîtrait, il a choisi de ralentir. De capitaliser. Conjuguant ses choix au plus que parfait de la lâcheté - faut le voir baver, tendre la patte et faire le clebs devant BHL. Lâcheté qui consiste à avoir attendu que la lepénisation des esprits soit effective pour s’en faire le grand prêtre. C’est tellement plus simple d’oser bouffer du « Bicot-Nègre » (J.Rouch) quand on est sûr de ne pas être tout seul. Et que le boulot est fait.
En quête de reconnaissance. Séduire enfin un peu avant de sombrer. La notoriété contre une postérité qu’il était seul à conjecturer. Et peut-être même faire peur à un(e) ou deux. Les femmes, son nouveau sujet, c’est comme les politiques, il croit qu’il suffit de les attaquer pour s’en faire aimer. Comme quand on est petit, qu’on se sent trop laid pour oser draguer. Eric Zemmour, malheureusement, n’a jamais grandi. Contrairement à son modèle, Alain Soral - qui entrait au FN quand lui se faisait embaucher chez Ruquier. Jumeaux comme le sont l’original et une copie. Contrairement à Soral aussi, malgré des dizaines de passages télé, son livre sur la féminisation n’a pas tant que ça marché. Faisant de lui un peu l’Elie Semoun ou le Franck Dubosc des plateaux télé. A force de l’y voir en promo, on a fini par croire qu’il y travaillait. Si bien qu’il a fini par y travailler. Dans le rôle du dompteur de rappeurs de labo, de pourfendeur de mensonges énormes - l’immigration, l’esclavage, le féminisme, le colonialisme qu’on n’a pas le droit de comparer au nazisme, le mot « rafle » qu’on n’a plus le droit d’employer s’il n’y a pas Auschwitz au bout, et la repentance. Sur laquelle il a failli déraper, chez Ruquier, face à Vergès.
Enfin, il ne manque jamais de prostituer ses origines juives banlieusardes modestes afin de démontrer, par l’exemple, que les Noirs et les Arabes se foutent de la gueule du monde. Oubliant qu’avant d’être petit, sans plume et vaguement réac, Eric Zemmour est surtout blanc. Ce qui n’est pas si grave. GP
Le Gri-Gri International n°71 est en kiosques depuis le 19 avril