Ave, PARIS-DAKAR ! Morituri te salutant

Ave, PARIS-DAKAR ! Morituri te salutant

Persévère, ô PARIS-DAKAR. La mort nous guette à chaque instant, mais toi, notre maître, persévère. Ne laisse pas nos vies et nos morts misérables se mettre en travers de ton chemin. Tu as un plan. Nous en sommes sûrs. Et pour cette raison, nous sommes persuadés que tout ce que nous voyons autour de nous n’est que le prélude d’un futur radieux, une idée brillante qui, un jour, changera la face du monde.

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Tu sais, l’air désespéré de l’Afrique n’est qu’une façade. Elle n’a pas vraiment le sentiment d’abriter des morts-vivants. Nous croyons à tes promesses de développement, ô PARIS-DAKAR. Nous le sentons venir à grands pas ailés. Tu forceras nos ennemis (les ANTI) à nous aimer, quoi que nous fassions. Tu nous débarrasseras des obscures voix discordantes, et à la place, tu installeras des célébrités plus accommodantes et moins regardantes. Et alors, en un clin d’œil, le cœur de nos ennemis se remplira d’amour pour nous. Ils nous pardonneront toutes nos mauvaises actions, et même, ils les justifieront, et ils reconnaîtront qu’elles avaient un but.

Et personne n’ira plus signer la pétition pour ta suppression.

Nous n’avons aucun doute sur ta capacité à réinventer la nature humaine, et nous savons que tu es l’ évènement qui saura façonner ce continent, et l’amener à accepter ce que nous lui offrirons, et même à accepter ton refus total de lui donner quoi que ce soit. Ce n’est pas parce que personne, quelle que soit sa puissance, n’a jamais réussi à perpétuer une telle occupation, dans de telles conditions, que c’est une loi de la nature.

Nous pouvons être les premiers ! Pourquoi pas ? Seulement, nous t’en supplions, il faudrait que tu bouges. Parce que, comment dire ? Il ne restera bientôt plus personne. Ni sponsors, ni participants.

Illustre PARIS-DAKAR, les temps sont un peu durs, au cas où tu ne l’aurais pas remarqué, mais tu l’as remarqué, bien sûr.

Mais tu es fort, bien plus fort que nous, il n’y a pas de doute.

Nous sommes faibles, obnubilés par l’appât du gain, la recherche de notoriété. C’est pour cela que nous avons besoin de toi, pour nous conduire avec ta riche et puissante caravane, l’une des plus fortes du monde, vers un avenir nouveau, le temps du Loisir-Colon, comme on pourrait l’appeler (comme nous le faisions dans les années 50). Un avenir où chaque fois qu’un imprudent nous critiquera, nous frapperons en retour ! Ils nous vilipendent ici ? Nous les musèleront là. Ils mènent des guérillas sur le net ? Nous userons de nos missiles de silence médiatiques. Quel déluge, et quelle idée géniale ! Ça, c’est ce qu’on peut appeler exploiter sa force à plein !

C’est vrai, parfois, l’ombre d’un doute s’insinue dans nos pensées délétères, sur les différentes définitions du courage et de la lâcheté, de la foi et du défaitisme. Il arrive qu’un petit démon antipatriotique nous murmure à l’oreille que peut-être, nous ne devrions pas être là et qu’il faudrait peut-être essayer de nous tirer de là.

Quelquefois, des langues bien pendues ont le culot d’insinuer qu’avec les cartes absolues que nous avons en main, le désespoir, le comportement barbare , nous pourrions, d’une façon ou d’une autre, mieux nous comporter.

Mais, évidemment, pour répondre à cela, nous avons un argument irréfutable : nous avons déjà essayé ! Nous leur avons tout offert, c’est une terre peuplée d’incapables et de paresseux ! Alors, à l’unisson, nous déclarons : « Mourons avec les Philistins ». Ça leur apprendra !

Parfois, il faut le dire, nous nous y perdons un peu. Pardonne-nous. Quand nous écoutons certains témoignages, nous commençons à nous demander si le plan est si intelligent et sophistiqué que cela, et s’il a vraiment des réponses à l’apocalypse qui se produirait si ces actions perduraient.

Nous commençons à nous demander si, au nom de nos objectifs ludiques, tu n’as pas pris la décision stratégique de déplacer le champ de bataille, non chez l’ennemi comme il est d’usage, mais vers un domaine où règne la révolte la plus totale, celui de l’auto-anéantissement, où nous n’obtiendrons rien, et eux non plus : Un gros et gras zéro.

Mais ce ne sont que des vétilles, des pensées passagères. Tes loyaux sujets n’ont aucun doute sur ta sagesse et ta vision. Très bientôt, il apparaîtra à tous qu’il y avait une raison profonde pour jouer de cette façon absurde, pendant des années, et pour accepter de « suspendre notre incrédulité », comme au théâtre, en attendant que l’intrigue se dénoue et que le secret se révèle.

Quand, finalement, nous seront révélées ces raisons, qui pour le moment sont au-delà de notre entendement, nous continuerons encore à te soutenir de tout notre cœur. Nous qui allons continuer de mourir, par dizaines, nous te saluons.

Ave, PARIS-DAKAR, Morituri te Salutant !

L’ Australien Andy Caldecott est décédé lundi 9 Janvier 2006 à la suite d’une chute de moto pendant une étape du Rallye-raid Dakar-2006. Il était âgé de 41 ans, était marié et avait un enfant.

Libre adaptation du texte "Avé César" de D. Grossman

le 10/01/2006
Impression

4 Messages

  • 10 janvier 2006 21:59, par Alain B.

    Madame ou Mademoiselle, je ne sais pas , ce texte est très probablement le mieux écrit que j’ai lu sur le Mague ... vous allez faire pâlir de jalousie la jolie Justine ... Vraiment chapeau bas.
    Alain B.
    • > Ave, PARIS-DAKAR ! Morituri te salutant 11 janvier 2006 10:34, par Claire Aymes

      Je ne sais pas si c’est la meilleure manière d’attirer l’attention de Jolie Justine... Je vous remercie néanmoins, en insistant sur le vrai talent de D. Grossman que je n’ai fait que relire et adapter.
  • 13 janvier 2006 17:48, par Yvan

    13/01/2006 : COMMUNIQUE DE LA DIRECTION DU DAKAR
    Ce matin à 10 heures, au km 25 de la spéciale de la 13ème étape, LABE - TAMBACOUNDA, à environ 6 km du village de Kourahoye, un jeune garçon d’une dizaine d’années, Boubacar Diallo, venu avec ses parents assister au passage du rallye, a été heurté par le véhicule n°420 de la catégorie auto alors qu’il traversait la route.
    Immédiatement secouru par les équipes médicales du rallye, le garçonnet devait malheureusement décéder au cours de son transport par hélicoptère vers Labé.
    L’organisation du rallye exprime toute sa tristesse à sa famille
    à comparer avec celui du 9/01 pour le décès d’un concurrent

    9/01/2006 :Communiqué spécial 9ème étape
    Décès d’Andy Caldecott
    Les organisateurs du 28ème Dakar ont appris aujourd’hui lundi 9 janvier le décès du pilote australien de la KTM n°10, Andy Caldecott.
    C’est au kilomètre 250 de la 9ème étape entre Nouakchott et Kiffa, sur une portion roulante, que le pilote a chuté.
    Prévenue de l’accident à 11h31, l’organisation a immédiatement dépêché un hélicoptère médical qui s’est posé à 11h55 sur le lieu du drame. Les médecins n’ont malheureusement pu que constater le décès d’Andy Caldecott survenu, selon eux, sur le coup.
    Andy Caldecott, âgé de 41 ans, participait à son troisième Dakar. Il s’était notamment classé 6ème de l’édition 2005 et occupait la 10ème place du classement général de l’édition en cours dont il avait remporté la 3ème étape entre Nador et Er-Rachidia au Maroc.
    A sa famille, qui a été immédiatement prévenue par l’organisation, le Dakar présente ses condoléances les plus attristées.
    DEUX POIDS, DEUX MESURES ! A BAS LE DAKAR !
    source
  • 14 janvier 2006 16:15

    Je viens d’apprendre la mort d’un deuxième enfant sur le dakar.
    Pour que de grands enfants s’amusent, est-il nécessaire que des petits enfants, qui eux, ont en général des jeux qui sont inoffensifs, meurent pour cela ?