Putain d’usine, Après la catastrophe... ça vous dit quelque chose ? C’est l’histoire d’un ouvrier qui en a sa claque de l’usine, de l’exploitation, du salariat, des risques professionnels. Quand il mettait un point final à Putain d’usine, Grande Paroisse-AZF explosait à Toulouse... Quelques années plus tôt, Jean-Pierre avait demandé sa mutation pour la ville rose. En 30 ans d’activité, il a aussi rencontré la mort à Rouen. Il a échappé de peu à un « accident ». Deux de ses potes y sont restés.
Loin des récits sociologiques et journalistiques, Jean-Pierre Levaray décrit la vie d’usine comme personne. Militant syndicaliste, il ne pond pas non plus des textes tracts. Loin de là. Ses chroniques ouvrières sont toujours nuancées. Elles décrivent le quotidien des boîtes avec une humanité rare. Avec les bons moments vécus entre potes, les manifs, les coups de déprime, l’alcool, les petites combines, les problèmes de fric, le stress, la fatigue des 3x8, les rêves brisés...
En passant au crible des situations drôles ou dramatiques, Jean-Pierre redonne du relief à une classe « fantôme », la classe ouvrière, que le libéralisme triomphant voudrait passer pour morte. Avec un talent littéraire évident, Levaray fait mouche. Ses livres pointent les contradictions de plus de sept millions de personnes qui pourraient hanter les pires cauchemars des exploiteurs et des boursicoteurs, mais... Coincés entre la trouille de perdre leur boulot et la trouille de perdre leur vie à la gagner, fondus dans la masse, comme anesthésiés, les prolos encaissent les coups années après années.
Comme la majorité d’entre nous, employés, chômeurs, retraités...
Militant actif de la Fédération anarchiste, créateur du fanzine On a faim !, co-fondateur de la librairie rouennaise l’Insoumise, chroniqueur régulier du Monde libertaire, Jean-Pierre Levaray flirte avec bonheur maintenant avec le monde du théâtre. Putain d’usine a été plusieurs fois adapté par des compagnies. Avec Des Nuits en bleus, il a écrit directement pour les planches. Mis en scène par Marie-Hélène Garnier, le texte raconte une nuit de travail ordinaire. Entre colère et résignation face au énième plan social, les personnages rongent leur frein dans l’attente de la fermeture complète de leur boîte.
Avec pas mal de bleus à l’âme, Jean-Mi, Mino, Pierrot, Paulo, Franck et les autres tiennent comme ils peuvent. Ils se racontent parfois des bobards, bercés par l’univers un peu irréel, hors temps, de la vie dans une usine, la nuit, en bleus. Une complicité les anime. Manière de montrer qu’ils conservent quelques valeurs communes. « Je sais qu’un livre, comme une chanson, un film, une pièce, ce n’est pas la révolution, explique l’auteur. J’écris pour essayer de retrouver ensemble une capacité à réagir, pour aller vers d’autres possibles. Je vise un autre futur, celui d’une société solidaire et libertaire. »
« Comme on a les mêmes choses sur le cœur, un jour on pourrait chanter en chœur », suggérait le camarade chanteur François Béranger... Sûr que cette méga chorale ferait un barouf de tous les diables d’un bout à l’autre de la planète.

