Bonjour,
Bien que critique vis-à-vis de votre article, je tiens à m’écarter de la faction qui insulte, des « vignale t’es nul », de l’agressivité pitoyable de Rémi b. ou tout autre propos « d’jeun »... rien là de très constructif et plutôt une démonstration comme vous dîtes de la pauvreté intellectuelle de certains fans de ce film.
Bien que ne pratiquant pas l’art de la psychanalyse, je souhaiterai apporter au débat "fight club" mon point de vue.
Rapidement, je suis un jeune homme de 25ans, profession médicale, et pour ce qui nous intéresse, issu d’une famille structurée, avec une image paternelle très forte. Je suis moi même pratiquant d’arts martiaux, lecteur fidèle de Marc-Aurèle et parfaitement heureux et accompli dans mon hétérosexualité.
J’ai quelques réserves à émettre à propos de votre article.
Tout d’abord, je pense après lecture de votre article que vous ne pratiquez pas d’art de combat. Une tendance actuelle est de mettre de l’homosexualité partout. Est-ce parce que de nos origines latines, nous avons étroitement associé lutte = homosexualité ?
Dans l’entraînement au combat il n’y a pas une recherche de la construction à 2, le partenaire et soi (d’où pourrait d’écouler une relation homosexuelle), mais individuelle.
Le pratiquant qui associe combat, recherche philosophique et introspection recherche avant tout qui il est. Combattre c’est se placer seul face à ses peurs : les coups, la douleur, ses propres réaction (peur d’être mauvais, lâche...).
L’entraînement permet d’acquérir une grande sérénité, par l’expulsion de l’agressivité et un recentrage sur soi.
Ce que propose Fight Club et son projet chaos est discutable et fascisant sur de nombreux points, je suis d’accord avec vous. Cette milice au crâne rasé, habillée de noir est très suspecte, tout comme cette fabrication du savon à base de graisse humaine.
Mais il y a un autre message. Un message qui est lui porteur je pense d’espoir.
Dans l’énoncé même des rêves de Tyler Durden. Celui du refus de cette société abjecte ou nous courrons avec joie vers notre propre perte.
Rentrez chez vous après un bon combat, je vous assure que seul importe un peu d’eau pour se laver, un aliment très médiocre, même sans goût pour nourrir le corps, très peu de confort. L’ascétisme. Je vis à Paris depuis 4 ans sans jamais utiliser de chauffage. Je me nourris chaque soir de la même mixture protéique. C’est en cela que la lecture de Marc Aurèle éclaire d’un jour nouveau ce film : lorsque l’on revient à l’essentiel, on se rend compte combien de choses sont superflues. A l’opposé du rêve matérialiste que l’on nous propose, où la voiture de luxe est devenue l’opium du travailleur.
Il y a 3 choses à retenir de ce film : 1) la quête de l’éveil, « satori » en japonais, dont d’écoule la paix intérieure et l’ouverture de l’esprit et qui passe par la discipline du corps et le renoncements aux désirs et aux peurs. 2) ces quelques phrases prononcées dans le film « vous n’êtes pas vos cartes de crédit » ou « je rêve d’un monde où l’on chasserait le renne sur les aires d’autoroutes, où l’on porterait des vêtements qui durent toute la vie ». 3) que cette quête est accessible à celui qui veut bien l’entreprendre.
Je ne sais de quand date votre article, mais vous verrez que la tendance est à me donner raison, que des gens de plus en plus nombreux refusent ce que l’on nous propose : consommation à tout craint, perte des repères sociaux, religieux, culturels... Guy Debord dans ses commentaires sur la société du spectacle caractérisait déjà ce monde qui fuit en avant. Les progrès technologiques ont fait que pour la première fois, nous ne savons pas de quoi le monde de demain sera fait : crises climatiques, appauvrissement des ressources, tarissement des produits de consommation. On peut y ajouter jeunesse majoritairement inculte, refusant toute forme de culture autre que télévisuelle et compensant une certaine pauvreté intérieure par une démonstration permanente de virile agressivité (agressivité qui est justement inconnue de celui qui pratique régulièrement un art martial).
J’ai entendu dire que se présentait en 2007 un candidat à la « décroissance ».
Je suis sûr que vous ne l’avez pas lu, mais je vous invite à lire « La vie sur Terre » de Baudoin de Bodinat aux éditions des nuisances.
Fight Club est son projet chaos ouvre un choix : celui de continuer parmi les moutons à rouler en 4x4 diesel, accrochés à nos portables, fonçant vers nos petits logis aseptisés où gronde le vacarme des jeux télévisés et des journaux de 20h continûment renouvelés en catastrophes attendus ; ou le retour à la traction animale, lorsque l’homme acceptait de vivre comme une partie du tout qu’est ce monde, aux temps des chants, des moissons et des mariages champêtres.
La seule chose contestable de ce film est le moyen proposé pour arriver à cette société : l’humanisme, la solidarité et la culture doivent constituer les piliers de ce monde qui retourne aux sources et non pas cette milice fascisante et ignare.
Tyler Dordon est la face obscure d’une voie qui conduit vers une autre façon de vivre. Cette société nouvelle ne peut aboutir que par l’autodestruction de « l’homo consomatorus ». Cette révolution aura lieu car à la vitesse où le monde se dégrade, il s’agira bientôt d’une question de survie. Il y aura comme pour tout régime criminel, des gens qui voudront défendre cette société. Et il est rare qu’une révolution se passe sans heurts. Et dans un monde comme le notre, il est plaisant de pouvoir se dire du côté des humanistes et des « anars » plutôt que du parti du FMI et de Shell.
Vous parlez d’émeutes et de tueries. Il n’y a pas à douter qu’il y aura sans doute des morts dans les futures guerres pour l’eau potable, les oléoducs...
Avez-vous pu admirer dans les dernier films de Terence Mallick, « La ligne rouge » et « Le nouveau Monde », l’extraordinaire supériorité des sociétés aborigènes ou indiennes qui nous sont montrées ? C’est ce vers quoi nous devrions tous tendre.
Je m’excuse de cet amas d’idées mélangées et peu construites. J’espère avoir une réponse de votre part, afin d’enrichir le débat.
Je vous pries de croire en l’assurance de mes salutations les plus distinguées.