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Le professeur Didier Raoult : comment une poignée de citoyens a contribué à faire tomber le professeur marseillais

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Le professeur Didier Raoult : comment une poignée de citoyens a contribué à faire tomber le professeur marseillais

Il y a quelque chose d’assez fascinant dans l’histoire de Didier Raoult. Au sommet de sa puissance, le professeur marseillais avait tout ce qu’un homme de science peut rêver d’avoir : les titres, les publications, un institut prestigieux, une formidable exposition médiatique et, surtout, une armée de fidèles persuadés qu’il était celui qui avait compris avant tout le monde.

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Et pourtant, parmi ceux qui ont contribué à ébranler l’édifice, on trouve une poignée de citoyens qui, au départ, ne disposaient ni de son pouvoir ni de sa notoriété.

Ils ont fini par être surnommés le « gang des Cerises » ou les « Cerises trottinettes ». Une histoire suffisamment extraordinaire pour être aujourd’hui racontée dans une série documentaire en quatre épisodes, « Professeur Raoult vs Le Gang des Cerises ».

Dans ce petit groupe se retrouvent notamment Alexander Samuel, Fabrice Frank, Guillaume Limousin, Frédérique Delestaing, Samuel et Magali Carcopino-Tusoli. Cette dernière possède une particularité qui rend l’histoire encore plus étonnante : elle est la fille de Didier Raoult.

Ils ne sont pas une institution scientifique. Pas une agence sanitaire. Pas un ministère. On trouve parmi eux notamment un professeur de mathématiques, un responsable informatique ou encore un ancien Gilet jaune.

Leur arme est beaucoup moins spectaculaire : lire, vérifier, comparer, chercher les incohérences et documenter.

Pendant la pandémie de Covid-19, Didier Raoult devient une véritable vedette. Ses vidéos sont regardées par millions. Son discours est simple, rassurant et terriblement efficace médiatiquement : face à une médecine qui doute, lui affirme savoir.

L’hydroxychloroquine devient le symbole de cette bataille.

Mais pendant que les plateaux de télévision s’enflamment, des scientifiques, des journalistes, des médecins et ces citoyens commencent à regarder beaucoup plus précisément les travaux produits autour de l’IHU Méditerranée Infection.

Et les questions s’accumulent.

Méthodologies contestées, autorisations réglementaires, conditions dans lesquelles certaines recherches ont été réalisées, qualité scientifique de publications : progressivement, le personnage du professeur iconoclaste affrontant courageusement le système laisse place à une affaire beaucoup plus embarrassante.

Il serait évidemment faux de raconter que six citoyens ont, à eux seuls, « fait tomber » Didier Raoult. Les enquêtes journalistiques, les scientifiques qui ont analysé ses publications, l’ANSM, les inspections administratives, la justice et l’Ordre des médecins ont joué des rôles déterminants.

Mais ces citoyens ont participé à quelque chose de particulièrement intéressant : ils ont refusé que l’argument d’autorité mette fin à la discussion.

Et les institutions ont fini, elles aussi, par agir.

En 2022, l’ANSM faisait état de graves manquements réglementaires concernant certaines recherches conduites à l’IHU. En 2023, le gendarme du médicament saisissait la justice au sujet de travaux qui auraient dû, selon lui, obtenir les autorisations nécessaires. L’IHU a ensuite été perquisitionné dans le cadre d’une enquête judiciaire.

Puis est venue la sanction professionnelle.

En octobre 2024, la chambre disciplinaire nationale de l’Ordre des médecins a prononcé contre Didier Raoult une interdiction d’exercer la médecine pendant deux ans, entrée en vigueur le 1er février 2025. Elle lui reprochait notamment d’avoir promu un traitement insuffisamment éprouvé et de ne pas avoir fondé certaines de ses prises de position publiques sur des données confirmées.

L’histoire ne s’est d’ailleurs pas arrêtée avec le Covid.

En août 2026, une analyse internationale portant sur 2 674 publications produites entre 1994 et 2024 par l’IHU Méditerranée Infection a identifié 853 articles présentant, selon ses auteurs, des préoccupations éthiques et juridiques substantielles. Didier Raoult figure parmi les coauteurs de 758 d’entre eux.

C’est là que cette histoire dépasse largement le cas Raoult.

Elle raconte quelque chose de notre époque.

Internet peut fabriquer des gourous, amplifier les certitudes et transformer une controverse scientifique en guerre de supporters. Mais Internet permet aussi exactement l’inverse : à des individus dispersés de retrouver des documents, confronter des données, travailler collectivement et poser des questions que les puissants préféreraient parfois ne pas entendre.

Le savoir n’est évidemment pas devenu une démocratie où six internautes peuvent décider qu’un professeur a tort.

La science reste la science : une méthode, des preuves, des publications, leur critique et leur reproduction.

Mais l’autorité n’est pas davantage une preuve.

On peut avoir des milliers de publications, diriger un institut, passer à la télévision et avoir une réputation internationale : une donnée fausse reste une donnée fausse, une méthodologie défaillante reste une méthodologie défaillante et une étude doit pouvoir supporter la contradiction.

C’est peut-être finalement la partie la plus réjouissante de cette histoire.

Quelques citoyens ordinaires peuvent difficilement rivaliser avec un mandarin sur son terrain institutionnel. Mais ils peuvent poser une question. Puis une deuxième. Puis chercher le document qui permet d’y répondre. Et recommencer.

Jusqu’au moment où tout le monde finit par regarder.

La chute de Didier Raoult n’est donc pas seulement l’histoire d’un scientifique devenu star pendant une pandémie et progressivement rattrapé par les controverses entourant ses travaux.

C’est aussi une petite leçon démocratique.

Face à l’autorité, il reste une arme étonnamment efficace : vérifier.

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