Le dessin était là depuis toujours.
Puis sont venus l’écriture, la course, la respiration,
les rituels, les répétitions.
Je ne savais pas pourquoi ces choses m’étaient
si nécessaires.
Je les pensais séparées.
Elles formaient un milieu.
Je ne construisais pas un confort. Je
construisais un milieu de vie.
Une couleur, la température de l’air, la densité
d’un silence, le rythme d’une voix, l’atmosphère
d’un lieu, un mouvement presque imperceptible
peuvent m’arriver dans un même instant.
Rien ne vient d’abord.
Rien ne se place à l’arrière-plan.
Tout arrive ensemble.
Le dessin donne une surface à cette abondance.
L’écriture lui donne une autre forme.
La course engage le corps dans un rythme. La
respiration agit sur l’intensité. Les répétitions
installent des repères.
Ces pratiques ne diminuent pas ce que je perçois.
Elles rendent cette abondance habitable.
Je l’ignorais.
Puis, à cinquante ans, les mots sont arrivés.
Asperger, HPI, synesthésie.
Ils n’ont rien changé à ma perception.
Ils ont rendu lisible une organisation qui
existait déjà.
Je ne savais pas que je m’adaptais. Je croyais
que j’étais simplement en train de vivre.
Mon corps avait trouvé des rythmes.
Mes journées, des répétitions.
Le dessin et l’écriture, leurs formes.
Tout cela existait avant l’explication.
Je n’avais pas construit cette organisation à partir
d’une connaissance de mon fonctionnement. Elle
s’était constituée dans la nécessité même de vivre
avec ce qui m’arrivait.
La compréhension est venue après.
Elle n’a rien fondé.
Elle m’a permis de reconnaître ce qui était déjà
à l’oeuvre.
Je croyais chercher ma place. Je cherchais
mon eau.
Je n’avais pas à réduire ce que je percevais.
J’avais construit le milieu dans lequel je pouvais
continuer à le recevoir.
