Cinéma

L’Affaire Casimir : j’ai kidnappé mon enfance pour mieux lui rendre hommage

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L'Affaire Casimir : j'ai kidnappé mon enfance pour mieux lui rendre hommage

Je suis né en 1973. Autant dire que Casimir n’est pas pour moi un personnage vaguement vintage aperçu dans une compilation télévisée. Il appartient à cette zone beaucoup plus étrange de la mémoire où les images de l’enfance finissent par se confondre avec l’enfance elle-même.

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Casimir, c’était une couleur. Une voix. Une silhouette orange impossible. Le gloubi-boulga. L’Île aux enfants. Et cette époque où quelques minutes de télévision pouvaient suffire à fabriquer un souvenir pour cinquante ans.

J’ai même eu la chance, bien plus tard, de rencontrer Casimir lors d’un show au Théâtre du Gymnase. Il y avait quelque chose d’assez vertigineux à voir soudain devant moi, devenu adulte, cette créature qui avait peuplé mes premières années. Comme si un morceau de mon enfance avait traversé le temps sans demander la permission.

Alors, pour lui rendre hommage, j’aurais pu faire quelque chose de sage.

Évidemment, je n’en ai rien fait.

J’ai préféré imaginer "L’Affaire Casimir", un court métrage de 1 minute 40 dans lequel notre dinosaure orange se retrouve plongé dans un univers qui n’a plus grand-chose à voir avec la rassurante Île aux enfants.

Casimir est devenu le héros involontaire d’un fait divers.

Paris. Une camionnette. Des types peu recommandables. Une disparition. Un kidnapping improbable. De l’argent. Et cette sensation délicieusement absurde qu’un personnage absolument innocent vient de tomber dans le mauvais film.

Tout le plaisir était précisément là : traiter cette histoire avec le plus grand sérieux possible.

Je ne voulais pas seulement accumuler les clins d’œil à Casimir. Je voulais confronter deux imaginaires. D’un côté, la douceur colorée d’un héros pour enfants qui incarne une télévision disparue. De l’autre, les codes du polar, du cinéma criminel et du fait divers.

Plus le dispositif paraît réaliste, plus la présence de Casimir devient absurde.

Et plus elle devient drôle.

Mais derrière la plaisanterie se cache quelque chose qui m’intéresse davantage : "que deviennent les héros de notre enfance lorsque nous vieillissons ?"

Nous changeons. Le monde change. Les images deviennent plus rapides, plus violentes, plus sophistiquées. Les personnages apparaissent et disparaissent à une vitesse folle. Et pourtant certains résistent.

Casimir résiste.

Il suffit de voir sa silhouette orange pour que toute une génération retrouve instantanément quelque chose. Pas nécessairement un souvenir précis. Plutôt une sensation. Une époque où l’on attendait une émission, où la télévision était encore un rendez-vous collectif et où un dinosaure amateur de gloubi-boulga pouvait devenir une immense vedette populaire.

"L’Affaire Casimir est donc une parodie, mais certainement pas une moquerie."

Je me moque du polar. Je me moque des gangsters. Je me moque un peu de notre besoin contemporain de transformer n’importe quoi en affaire criminelle spectaculaire.

Mais pas de Casimir.

Lui reste le personnage le plus innocent de l’histoire.

C’est peut-être même pour cela que j’avais envie de le placer au centre de cet univers : pour vérifier si, après toutes ces années, l’orange résistait encore au noir.

Il résiste très bien.

Ce petit film est aussi lié à ma manière actuelle de fabriquer des images. Les nouveaux outils permettent aujourd’hui de matérialiser des idées qui, il y a encore quelques années, auraient nécessité des moyens disproportionnés. Je peux prendre une idée complètement improbable, « et si Casimir était kidnappé dans un polar parisien ? », et essayer de lui donner immédiatement une existence cinématographique.

Cela ne remplace ni l’idée, ni le regard, ni le montage, ni le rythme. L’outil peut produire des images. Il ne sait toujours pas pourquoi on veut les produire.

Dans mon cas, je le sais. J’avais envie de m’amuser. Et j’avais envie de dire merci.

Merci à ce gros dinosaure orange d’avoir été là lorsque j’étais enfant. Merci à ceux qui l’ont inventé, incarné et fait vivre. Merci à cette télévision qui savait parfois créer des personnages suffisamment puissants pour survivre à leur propre époque.

Cinquante ans plus tard, Casimir est toujours là.

Il fallait simplement s’attendre à ce qu’un jour, quelqu’un essaie de le kidnapper.

voir le court métrage en entier : https://www.instagram.com/reel/DdFCmiDMuFo/?stkn=d2MzMmMwb2hqdzlv

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