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Natacha Polony présidente ? Elle aurait tort de ne pas essayer

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Natacha Polony présidente ? Elle aurait tort de ne pas essayer

Natacha Polony ne dit toujours pas qu’elle sera candidate à l’élection présidentielle de 2027. Mais elle fait désormais beaucoup plus que laisser planer une coquetterie médiatique. Elle a annoncé son entrée en politique, veut créer un mouvement pour ceux qu’elle appelle les « orphelins de la politique » et répète qu’elle « n’exclut rien » lorsqu’on lui demande si cette aventure peut la conduire jusqu’à l’Élysée. Sur RTL, elle a résumé son changement de position par une formule assez efficace : elle en a assez de commenter le désastre. Quelques jours plus tard sur LCI, elle confirmait avoir lancé un appel aux Français sans franchir encore le dernier mètre vers la candidature officielle

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Alors, bonne ou mauvaise idée ? Plutôt bonne. À une condition : qu’elle accepte réellement de devenir une femme politique et pas simplement une intellectuelle venue présenter aux électeurs un diagnostic plus brillant que celui des autres.

Le premier intérêt d’une candidature Polony tient précisément à son étrangeté dans le paysage actuel. Il est difficile de la ranger proprement quelque part. Elle revendique une filiation mêlant le gaullisme social de Philippe Séguin et la gauche républicaine de Jean-Pierre Chevènement. Elle parle souveraineté sans adopter tout le logiciel de la droite nationale, industrie sans célébrer le marché comme solution universelle, école et transmission sans abandonner la question sociale. Elle défend aujourd’hui la réindustrialisation, la commande publique, l’indépendance productive et une réforme profonde de la formation des enseignants.

Cette position constitue sa force mais également son problème.

Sa force, parce qu’il existe incontestablement des électeurs qui ne savent plus très bien où poser leur bulletin. Des républicains attachés à la laïcité et aux services publics mais qui ne se reconnaissent plus dans la gauche actuelle. Des électeurs de droite favorables à l’autorité mais allergiques au libéralisme économique. Des anciens chevènementistes, des gaullistes sociaux, des souverainistes qui ne veulent pas du Rassemblement national, des citoyens pour lesquels l’école, l’industrie ou l’indépendance énergétique importent davantage que les guerres de clans politiques. Polony appelle ce peuple disparate les « orphelins ». Le terme n’est pas absurde.

Son problème est exactement le même : additionner des mécontentements intellectuellement compatibles ne fabrique pas automatiquement un électorat.

Natacha Polony possède une pensée, une culture politique, une notoriété et une capacité à débattre. Tout cela permet d’exister à la télévision. Rien de tout cela ne garantit de savoir construire une campagne présidentielle. Une présidentielle française, ce sont des militants, des relais locaux, de l’argent, des élus, une organisation, des déplacements permanents et, avant même le premier bulletin de vote, les indispensables 500 parrainages d’élus. L’éditorialiste peut écrire seule un excellent livre ; la candidate, elle, doit bâtir une machine collective.

Il existe surtout un piège classique pour les personnalités venues du journalisme : croire que connaître remarquablement la politique signifie savoir en faire.

Les deux métiers sont presque inverses. Le commentateur dispose du luxe de relever les contradictions. Le candidat doit choisir. Le journaliste peut expliquer pourquoi une mesure est imparfaite. Le président potentiel doit dire laquelle il prendra malgré ses imperfections. Il faut voter des budgets, froisser des catégories, arbitrer entre deux mauvaises solutions, nommer des responsables et parfois renoncer à une idée à laquelle on croyait.

C’est là que la candidature Polony deviendrait réellement intéressante.

Qu’elle nous dise combien coûte son projet. Qu’elle explique ce qu’elle ferait dans les cent premiers jours. Jusqu’où irait son protectionnisme économique. Comment elle articulerait souveraineté française et appartenance à l’Union européenne. Où elle trouverait l’argent pour renforcer l’école et les services publics. Ce qu’elle supprimerait aussi, car gouverner n’est pas seulement ajouter. Quelle politique migratoire elle appliquerait réellement. Quelle diplomatie elle défendrait dans un monde où les déclarations de principe résistent rarement longtemps à la géopolitique.

Et qu’elle accepte surtout une épreuve dont les éditorialistes sont généralement dispensés : être contredite non plus sur ses analyses, mais sur ses résultats.

Il y aurait d’ailleurs quelque chose d’assez sain à voir une personnalité ayant passé des années à expliquer ce que les gouvernants devraient faire tenter elle-même l’expérience. Non comme une punition, mais comme une mise à l’épreuve démocratique. On entend souvent reprocher aux journalistes et intellectuels d’être installés dans les tribunes. Très bien : que l’une d’entre eux descende sur le terrain.

Mais si Natacha Polony décide d’y aller, elle devra y aller franchement.

Une candidature à 2 ou 3 % uniquement destinée à faire entendre des idées peut être respectable, mais elle risque également d’ajouter une voix supplémentaire à une présidentielle qui en compte déjà beaucoup. L’intérêt ne serait pas de devenir la « candidate des gens qui trouvent Polony intelligente ». Il serait de construire une coalition politique nouvelle. C’est infiniment plus difficile.

Et c’est précisément pourquoi sa candidature pourrait être utile.

La France ne manque pas de candidats convaincus qu’ils sont indispensables. Elle manque davantage de propositions capables de brouiller les vieilles frontières sans sombrer dans le simple « ni droite ni gauche ». Polony possède au moins une ligne reconnaissable et elle travaille depuis plusieurs mois à la transformer en offre politique ; son livre « La France, corps et âme » avait déjà été présenté comme un manifeste d’idées avant même l’annonce de son mouvement.

Peut-elle devenir présidente ? Aujourd’hui, rien ne permet sérieusement de l’affirmer.

Peut-elle gagner ? Ce n’est même pas encore la bonne question.

La question intéressante est de savoir si elle peut obliger les autres candidats à parler d’autre chose que d’eux-mêmes.

Sur l’industrie, l’école, la souveraineté, la production, la transmission et l’État, elle peut déplacer quelques lignes. Et dans une campagne présidentielle, déplacer les questions est parfois presque aussi important que déplacer les électeurs.

Alors oui, Natacha Polony devrait probablement tenter l’aventure si elle estime posséder autour d’elle une équipe et un début de mouvement réel. Pas parce que la France attend nécessairement Natacha Polony. Pas davantage parce qu’une journaliste serait naturellement plus compétente que les professionnels de la politique.

Mais parce qu’une présidentielle sert aussi à confronter des visions du pays.

Et puisqu’elle affirme en avoir assez de commenter le désastre, la suite logique est assez simple : qu’elle nous montre ce qu’elle ferait à la place de ceux qu’elle commente.

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