Art of Juliette

Après la rupture.

🌍 READ THIS ARTICLE IN ENGLISH →
Après la rupture.

« Une interruption ne coupe pas seulement le geste.
Elle déplace l’endroit depuis lequel je crée. »

Une attention interrompue reprend-elle jamais exactement là où elle s’était arrêtée ?

🎧 Écouter cet article
Cliquez sur « Lire » pour écouter l’article.

Quand je dessine, il arrive un moment où le
dehors s’éloigne. Il reste présent, mais sa
présence change. Il ne m’atteint plus de la même
manière.

Mon attention se porte entièrement vers ce qui se
passe sur la feuille. Le temps lui-même semble
changer de mesure.

Lorsque l’on m’interrompt, la rupture possède
parfois la violence d’un arrachement, comme si
l’on coupait un cordon encore vivant, comme si
l’on refermait brutalement une porte qui venait de
s’ouvrir.

L’interruption ne suspend pas seulement un
geste. Elle défait un état. Ce qui circulait entre
mon corps, mon attention et la feuille perd
soudain sa continuité.

Il me faut alors retrouver le point où j’étais. La
tension du trait, l’intensité d’une couleur, mais
aussi cette disposition intérieure qui ne se
commande pas. Quelques secondes suffisent
parfois à défaire ce qui avait demandé du temps
pour s’installer.

Reprendre ne signifie pas continuer exactement là
où je m’étais arrêtée. Il faut retrouver un accès.
Rejoindre peu à peu ce qui était en train de se
construire.

Car ce qui me relie à la création n’est pas
une passion.
Le mot est trop faible.
Une passion est quelque chose que l’on aime.
Or la création est devenue bien davantage.

Elle est une manière d’entrer en relation avec le
monde lorsque les mots ne suffisent plus.

Je comprends aujourd’hui que je n’ai jamais
cherché à produire des oeuvres.

J’ai cherché à préserver cet espace, cet espace
où les séparations disparaissent, cet espace où
les couleurs parlent, où les formes pensent, où les
émotions possèdent une architecture, où tout
recommence à communiquer.

Cette architecture se construit dans le travail lui-
même. Une couleur déplace une forme. Une ligne
modifie une distance. Ce qui semblait séparé
trouve une relation.

Car lorsque je crée, quelque chose cesse
de manquer.

Ce qui manque n’est pas remplacé. Quelque
chose recommence à circuler.

Alors je suis ce fil.
Je lui fais confiance.

Je ne sais pas où il mène. Je reconnais le moment
où je le tiens. Je reconnais aussi celui où je le
perds.

Le retrouver ne consiste pas à revenir en arrière.
Quelque chose s’est déplacé. Je reprends le trait,
mais je ne reprends jamais tout à fait au même
endroit.

Je n’ai jamais cherché à devenir
quelqu’un d’autre.

Je cherche cet endroit où le dessin peut
recommencer à me répondre.

Vous réagissez à cet article

Votre réaction

« Après la rupture. »

Votre nom, votre e-mail et votre message concernent uniquement l’article affiché ci-dessus. L’e-mail n’est pas publié.

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Certains articles du Mague bénéficient d’un éclairage ponctuel et maîtrisé de l’intelligence artificielle.

💡 Vous aimez cet article ?
Partagez-le. Le Mague vit aussi grâce à ses lecteurs.
Facebook X Threads Copier pour Instagram Copier le lien Envoyer par mail
Instagram : lien à coller

Pour une story, une bio ou un message privé : copiez ce lien propre vers l’article.

Instagram ne permet pas toujours le partage direct d’une page web : ce bouton prépare le lien à coller en story, bio ou message.
Continuer sur Le Mague

À lire aussi sur Le Mague

La densité du blanc. — 30 août 2026
Entre deux états. — 30 août 2026
L’organe provisoire. — 29 août 2026
Le chiffre exact. — 29 août 2026

Les plus lus en ce moment