Une présence, un regard, une main,
un souffle.
Rien de plus, rien de moins.
Je commence.
Une ligne apparaît. Une autre lui répond. Une
couleur prend place. Le geste continue sans que
j’aie à me demander où je suis dans ce qui se fait.
Il n’y a plus de distance entre ce que je suis et
ce que je fais.
Je suis là.
Et ce que je fais part de là.
Le temps se retire.
Les heures passent sans que je les voie passer.
Mais ce n’est pas leur disparition qui m’importe
Ici.
C’est ce qui disparaît avec elles.
Car pour devenir, il faut un après.
Quelque chose devant soi.
Une distance à parcourir.
Une version future à rejoindre.
Dans le dessin, il n’y a plus rien devant.
Non pas parce que je serais arrivée.
Parce qu’il n’y a plus d’arrivée.
Je n’ai pas à devenir celle qui saura.
Je n’ai pas à devenir celle qui pourra.
Je n’ai pas à devenir celle qui finira par être.
Le futur cesse de tirer sur le présent.
Je fais sans avoir à devenir celle qui fait.
Je ne me précède plus.
Je ne me poursuis plus.
Je ne me regarde plus depuis un point situé
plus loin.
Il y a une main.
Un regard.
Un geste.
Ce qui apparaît suffit à l’instant où il apparaît.
Et moi aussi.
Et lorsque je crée, je découvre que je n’ai rien
à devenir.
Je suis.
Et ça suffit.
