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LÉNA DETESTATIONS : MAIS QU’EST-CE QU’ELLE VOUS A FAIT, LÉNA SITUATIONS ?

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LÉNA DETESTATIONS : MAIS QU'EST-CE QU'ELLE VOUS A FAIT, LÉNA SITUATIONS ?

Il faut croire qu’en France, réussir demeure une activité à haut risque. Mais réussir jeune, femme, visible, riche, populaire et sans demander pardon relève carrément de la provocation. Léna Mahfouf, alias Léna Situations, en fait depuis quelques années l’expérience grandeur nature. Elle parle : on lui tombe dessus. Elle se tait : elle calcule. Elle grossit : on commente son corps. Elle maigrit : on commente son corps. Elle travaille beaucoup : elle est obsédée par l’argent. Elle profite de sa réussite : elle est déconnectée. Elle fréquente des gens célèbres : elle est opportuniste. Elle reste avec ses copains : elle vit dans une bulle. Elle privatise un lieu pour tourner une vidéo : scandale. Elle monte les marches à Cannes : on inspecte ses cuisses. Elle va au Met Gala : on se demande ce qu’elle fout là. Elle remplit Bercy : on discute du prix des places.

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Bienvenue chez Léna Détestations.

Car c’est peut-être devenu cela, le véritable phénomène Léna Situations : pas seulement une influenceuse immensément populaire, mais une formidable machine à produire simultanément de l’adoration et de la détestation.

Léna Mahfouf est pourtant partie de quelque chose d’assez simple. Une jeune femme devant une caméra, beaucoup d’énergie, une certaine autodérision et cette intuition capitale qu’Internet ne voulait plus forcément admirer des stars lointaines mais avoir l’impression de fréquenter quelqu’un. À partir de 2017, sa chaîne YouTube prend véritablement son envol. Ses « Vlogs d’août », cette idée presque rudimentaire consistant à filmer et monter son quotidien chaque jour pendant un mois, deviennent progressivement un rendez-vous générationnel.

Et Léna bosse. Énormément.

C’est peut-être le détail qu’oublient le plus volontiers ceux qui la réduisent au mot commode d’« influenceuse ». Derrière quelques minutes regardées sur un téléphone se trouvent des tournages, du montage, des équipes, des contrats, des déplacements, une marque, des boutiques éphémères, un podcast, des opérations internationales et désormais une véritable petite industrie construite autour de son nom.

La gamine qui filmait sa vie est devenue cheffe d’entreprise. Hôtel Mahfouf, lancé en 2022, n’est plus simplement un produit dérivé destiné à écouler trois sweat-shirts auprès d’adolescentes enthousiastes. Léna a construit une marque, un univers et surtout une puissance commerciale suffisamment importante pour que les grandes maisons de mode aient cessé depuis longtemps de sourire poliment lorsqu’on prononce son nom.

Elle a été la première influenceuse française invitée au Met Gala. Elle s’est installée aux premiers rangs des défilés. Elle a travaillé avec de grandes marques, présenté, interviewé, enregistré son podcast Canapé six places, publié des livres et transformé progressivement son personnage numérique en entreprise médiatique. Forbes estimait déjà en 2025 qu’elle réunissait plus de onze millions d’abonnés sur ses principales plateformes et évoquait une valeur médiatique devenue considérable.

En 2026, elle approche les douze millions d’abonnés cumulés.

Douze millions.

À ce niveau-là, on ne parle plus d’une fille qui fait des vidéos dans sa chambre. On parle d’un média.

Et tout média puissant fabrique son contre-média : celui de ceux qui attendent sa chute.

Le plus fascinant est l’extraordinaire attention accordée au corps de Léna Mahfouf. Lorsqu’elle prend du poids, Internet découvre soudain des centaines de milliers de nutritionnistes bénévoles. Lorsqu’elle apparaît à Cannes en 2023 dans une robe Vivienne Westwood laissant voir ses jambes, les commentaires grossophobes déferlent. Lorsqu’elle maigrit quelques années plus tard, nouvelle expertise collective : chacun analyse sa silhouette, cherche une explication, donne son avis.

Léna a d’ailleurs parfaitement résumé l’absurdité du mécanisme en 2026 : depuis sa perte de poids, elle reçoit davantage de compliments, alors que presque personne ne songe d’abord à lui demander pourquoi elle a maigri.

Autrement dit : grosse, elle dérange. Mince, elle rassure. Et dans les deux cas, son corps semble appartenir au domaine public.

Voilà peut-être la violence particulière réservée aux femmes devenues célèbres sur Internet. On ne juge plus seulement ce qu’elles produisent. On examine leur peau, leurs jambes, leurs vêtements, leurs kilos, leurs compagnons, leurs amis, leurs vacances, leurs appartements, leurs silences et jusqu’à la forme de leur bonheur.

Bien sûr que Léna Situations peut être critiquée.

Elle doit même l’être.

Son évolution récente pose une vraie question. Celle qui incarnait autrefois la copine accessible est devenue une femme extrêmement privilégiée évoluant entre hôtels, Fashion Weeks, voyages, célébrités et événements privatisés. Certains de ses abonnés historiques ne se reconnaissent plus dans cette existence. Durant l’été 2026, cette impression de déconnexion est devenue particulièrement visible. Ses privatisations de lieux, certaines réflexions ou le prix des billets de son événement final ont suscité des critiques parfois parfaitement légitimes.

Mais critiquer n’est pas harceler.

Dire « je ne me reconnais plus dans son contenu » est une opinion.

Écrire pendant des semaines qu’une femme est grosse, laide, insupportable, illégitime, trop riche ou qu’elle devrait disparaître relève d’autre chose.

Et Léna connaît cette autre chose depuis longtemps.

Le harcèlement numérique qu’elle a subi a déjà franchi l’écran. Elle a raconté que des inconnus étaient allés jusqu’au domicile de sa mère, sonnaient à l’interphone et téléphonaient jusqu’à ce que celle-ci finisse par couper sa ligne. Voilà où peut conduire cette amusante petite habitude consistant à considérer une personnalité publique comme un personnage auquel tout serait permis.

Plus Léna s’expose, plus on lui reproche de s’exposer.

C’est pourtant littéralement son métier.

Et c’est là que l’histoire devient presque comique. Des gens suivent quotidiennement une femme dont l’activité consiste à montrer sa vie afin de lui reprocher ensuite de montrer sa vie. Ils regardent ses voyages pour lui expliquer qu’elle voyage trop. Regardent ses vêtements pour lui expliquer qu’ils coûtent trop cher. Regardent ses amis pour expliquer qu’ils ne les aiment pas. Regardent son corps pour expliquer qu’il devrait être différent.

Et reviennent le lendemain.

La haine numérique possède cette étrange fidélité.

Un fan peut rater une vidéo.

Un hater, beaucoup moins.

Le 31 août 2026, Léna Situations a achevé dix années de Vlogs d’août à l’Accor Arena. Une salle d’environ 20 000 places pour dire au revoir à une série née sur YouTube. Le symbole est assez vertigineux. En une décennie, la petite caméra est devenue une scène gigantesque. L’influenceuse est devenue productrice de spectacle. Les abonnés sont devenus un public physique.

Et les commentaires continuent.

On peut ne pas aimer Léna Situations. On peut trouver son univers fatigant, commercial, superficiel, trop rose, trop riche, trop sponsorisé. On peut considérer que l’économie des influenceurs produit parfois un monde grotesquement déconnecté de celui de leurs abonnés. On peut même trouver ses vidéos parfaitement inintéressantes.

C’est autorisé.

Mais il faudrait peut-être reconnaître à cette femme une chose devenue curieusement difficile à admettre : elle a travaillé.

Elle a construit.

Elle a duré.

Dans un univers où une célébrité numérique peut naître un mardi et disparaître le jeudi suivant, dix années constituent presque une carrière de fonctionnaire.

Et surtout, elle n’a volé ses abonnés à personne.

Des millions de personnes ont choisi de la suivre.

Voilà peut-être ce qui agace le plus.

Léna Mahfouf représente une forme de réussite que les anciennes élites culturelles ont longtemps considérée comme illégitime : celle qui n’attend plus qu’un directeur de chaîne, un rédacteur en chef, un producteur ou un critique décide qu’elle mérite d’exister. Elle a construit elle-même son média, son public, son commerce et finalement sa propre légitimité.

On peut trouver cela inquiétant.

On peut aussi trouver cela assez formidable.

Alors oui, Léna Situations est devenue Léna Destations.

Mais lorsqu’une femme parvient à réunir simultanément des millions de personnes qui l’adorent et des milliers d’autres qui consacrent une partie de leur journée à expliquer combien ils ne peuvent pas la supporter, une petite question mérite d’être posée :

qui influence qui ?

Car pendant que ses détracteurs commentent son poids, ses vêtements, ses vacances et son compte en banque, Léna Mahfouf, elle, continue de travailler.

Et c’est probablement encore ce qu’elle peut faire de plus agaçant.

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