Selon la publication devenue virale, la police de Lexington aurait arrêté cette septuagénaire après plusieurs plaintes de riverains affirmant être régulièrement pris pour cible par des pigeons. Sortir les poubelles, arroser les plantes ou simplement s’asseoir sous son porche serait devenu une activité nécessitant presque un équipement de protection. L’un des voisins aurait même pris l’habitude de sortir systématiquement avec un parapluie.
Plus extraordinaire encore, les policiers auraient découvert chez la suspecte des seaux remplis de graines, des perchoirs installés sur le toit et des notes manuscrites indiquant les horaires auxquels ses voisins avaient l’habitude de quitter leur domicile. Une organisation qui, si elle était réelle, ferait passer Hitchcock pour un aimable ornithologue amateur.
La septuagénaire aurait nié avoir entraîné les oiseaux, expliquant simplement qu’elle les nourrissait parce qu’elle se sentait seule. Elle aurait néanmoins été arrêtée pour harcèlement et trouble à l’ordre public.
Seulement voilà : avant de transformer Marlene Voss en Napoléon des pigeons, il y a un sérieux problème. Nous avons recherché cette affaire et nous n’avons trouvé aucune source journalistique locale crédible, aucun communiqué de police identifiable ni aucune trace sérieuse confirmant l’arrestation décrite dans la publication. Les recherches sur le nom de « Marlene Voss » associé à Lexington et aux pigeons ne font apparaître aucun fait divers correspondant.
On trouve bien à Lexington une véritable tradition d’élevage et de courses de pigeons, documentée depuis plusieurs années, mais absolument rien permettant de relier cette activité à cette incroyable histoire.
Il faut donc considérer cette publication pour ce qu’elle est actuellement : une histoire virale non vérifiée, et très probablement une invention humoristique présentée avec les codes graphiques d’une chaîne d’information. C’est d’ailleurs ce qui la rend intéressante. Quelques mots en capitales, un bandeau « BREAKING », une photo et un récit suffisamment détaillé suffisent aujourd’hui à donner à une absurdité toutes les apparences d’une dépêche authentique.
Dommage, évidemment. Parce que l’idée d’une retraitée consacrant méthodiquement ses journées à transformer une escadrille de pigeons en arme de représailles condominiales possédait une certaine grandeur.
Le Mague aurait volontiers suivi le procès. Mais entre une excellente histoire et une information, il reste cette vieille formalité terriblement peu moderne : vérifier qu’elle a réellement eu lieu.
