Je pourrais difficilement dire ce que je viens
chercher lorsque je m’installe pour dessiner ou
pour écrire. Je sais seulement qu’au bout d’un
moment, quelque chose s’accorde. Ce n’est pas
une décision. Je le reconnais à la sensation
précise que cela produit en moi.
Quelque chose apparaît. Je le regarde
prendre forme.
La création est le seul endroit où je me sens
totalement exacte, pas meilleure, pas réparée, pas
accomplie, exacte.
Comme une note qui vibre à sa fréquence juste.
Comme une couleur parfaitement à sa place
parmi les autres couleurs.
Je crée pour retrouver cette fréquence.
Ce lieu intérieur où rien n’est à démontrer, où
rien n’est à défendre, où l’existant suffit.
Ce n’est ni un sanctuaire ni un temple. C’est
un état.
Une géographie intérieure, un territoire réel.
J’y entre chaque fois que j’écris, chaque fois
que je dessine. Là, je n’ai plus à chercher ma
place.
Alors oui, je pourrais mourir là.
Non parce que le création me détruit, mais
parce qu’elle me donne tout.
Elle est l’endroit où je suis la plus vivante, la
plus nue, au plus près de cette source obscure
qui pulse sous les mots, sous les formes et sous
les couleurs.
Tout ce que j’ai aimé dans ma vie se trouve peut-être là,
dans cet espace minuscule entre la feuille
blanche et la première ligne, dans cette fraction
de seconde où rien n’existe encore et où
pourtant tout est déjà présent.
