La feuille s’organise autour de courbes,
d’intervalles et de formes contenues les unes
dans les autres.
Les formes arrivent avant les idées, des
cercles, des bulles, des cellules, des
chambres, des mondes, tout est rond, tout
contient quelque chose.
Certaines se touchent presque. D’autres
maintiennent entre elles un intervalle. Une
courbe revient vers elle-même sans se fermer
tout à fait.
Le dessin devient doux.
Pas la douceur des choses jolies, la douceur
des choses qui accueillent, celles auprès
desquelles le corps relâche sa vigilance.
Cela tient à des distances.
Assez d’espace pour ne pas contraindre.
Assez de proximité pour ne pas isoler.
Le vert s’approche du rose, le rose du violet,
les formes se rapprochent elles aussi, comme
si chacune cherchait la chaleur de l’autre.
Je ne dessine ni un nid, ni un ventre, ni
une maison.
Pourtant le dessin devient un lieu, pas un
paysage, pas une image, un lieu.
Je ne saurais dire où il commence.
Il n’y a pas de porte.
Pas de seuil dessiné.
Rien qui indique une entrée.
Je poursuis.
Je me penche vers la feuille. Le geste ralentit.
Mon regard suit les courbes. L’espace autour
s’éloigne.
Parfois, rien ne résiste.
C’est rare.
La main avance sans reprendre son élan. Le
regard demeure dans le mouvement.
Les courbes se rapprochent.
L’intervalle demeure.
Aucune porte ne s’est ouverte.
Alors j’entre.
