Et le symbole ne manque pas d’interroger.
Depuis le 24 août, CNews diffuse chaque jour de 13 heures à 15 heures un nouveau magazine baptisé « Police-Justice : 24h en France », présenté par Nelly Daynac. Une émission consacrée aux faits divers, à la sécurité, aux violences, aux procès et aux victimes.
Derrière ce nouveau rendez-vous : Jean-Marc Morandini.
Un retour particulièrement sensible puisque l’homme de télévision a désormais été condamné définitivement dans deux affaires judiciaires distinctes.
Le 14 janvier 2026, la Cour de cassation a rendu définitive sa condamnation pour corruption de mineurs. La cour d’appel de Paris l’avait condamné à deux ans de prison avec sursis et 20 000 euros d’amende pour des messages à caractère sexuel adressés à trois adolescents entre 2009 et 2016. Une interdiction définitive d’exercer une profession au contact de mineurs avait également été prononcée.
Quelques jours plus tard, une deuxième condamnation est devenue définitive après le désistement de son pourvoi en cassation : celle pour harcèlement sexuel à l’encontre d’un jeune comédien. Jean-Marc Morandini avait été condamné en appel à dix-huit mois de prison avec sursis et 10 000 euros d’amende.
Deux condamnations définitives.
C’est précisément ce qui avait rendu son maintien sur CNews explosif au début de l’année.
La chaîne avait d’abord choisi de continuer à lui faire confiance. Une décision qui avait provoqué une importante polémique, jusque dans les rangs de CNews. Sonia Mabrouk avait notamment manifesté son profond désaccord avant de quitter quelques semaines plus tard le groupe pour rejoindre BFMTV.
Finalement, le 9 février 2026, Jean-Marc Morandini annonçait lui-même son retrait de l’antenne afin, expliquait-il, de permettre à la rédaction de retrouver « le calme et la sérénité ».
On pouvait alors penser que l’histoire entre Morandini et CNews était terminée.
Elle ne faisait manifestement que changer de forme.
Car s’il ne présente plus lui-même une émission, Jean-Marc Morandini reste producteur. Et le lancement de « Police-Justice : 24h en France » marque son retour concret dans la fabrication des programmes de la chaîne.
L’ironie est forcément saisissante : un homme condamné définitivement dans deux affaires liées à des comportements sexuels revient par l’intermédiaire d’une émission précisément consacrée à la police, à la justice, aux victimes et aux grands faits de société.
Il ne s’agit évidemment pas de prétendre qu’une condamnation judiciaire interdit à vie de travailler dans les médias. Ce n’est pas le cas. Une peine exécutée n’efface pas un individu de la société et le principe même de réinsertion suppose qu’une seconde vie professionnelle reste possible.
Mais une chaîne de télévision n’est pas une entreprise comme une autre.
Elle construit quotidiennement une représentation du monde, distribue la parole, juge parfois sévèrement les comportements des personnalités publiques et consacre des heures entières à commenter les décisions de justice.
Dès lors, le choix de CNews relève aussi de sa responsabilité éditoriale.
La chaîne semble avoir trouvé une solution particulièrement habile : Jean-Marc Morandini disparaît de l’image mais reste dans la machine.
Plus de visage à l’écran, donc moins de polémique immédiate. Mais toujours un rôle important derrière les caméras.
Le principal intéressé assume d’ailleurs pleinement cette nouvelle fonction et s’est publiquement réjoui du lancement de l’émission, expliquant avoir travaillé intensément avec ses équipes pour préparer ce nouveau programme.
Reste une question simple.
Que signifie réellement « se retirer » d’une chaîne lorsque, quelques mois plus tard, on y produit quotidiennement deux heures de télévision ?
CNews a fait son choix.
Jean-Marc Morandini n’est peut-être plus à l’antenne.
Mais il est bel et bien de retour.
