Il aurait pu encaisser, remercier tout le monde et passer à autre chose. Jean-Luc Lemoine a choisi exactement l’inverse. Depuis qu’il a appris qu’il ne présenterait plus Samedi d’en rire sur France 3, l’humoriste et animateur ne cache ni sa colère ni son incompréhension. Et plus les jours passent, plus ce qui aurait pu rester un banal changement de présentateur ressemble à un véritable règlement de comptes dans le petit monde de la télévision.
Il faut dire que la méthode racontée par Jean-Luc Lemoine a de quoi laisser un goût amer. Après sept saisons passées à la tête de Samedi d’en rire, il affirme avoir découvert sur Internet qu’il ne serait pas reconduit. Pas de rendez-vous préalable, pas de coup de téléphone pour lui annoncer clairement la décision. Une brutalité d’autant plus difficile à comprendre, selon lui, que quelques jours auparavant la production préparait encore avec lui les prochains tournages.
Dans l’univers de la télévision, personne n’est propriétaire de sa case horaire. Une chaîne est parfaitement libre de changer d’animateur, de modifier une formule ou de supprimer un programme. Jean-Luc Lemoine le sait mieux que personne. Il travaille dans ce milieu depuis suffisamment longtemps pour connaître ses règles parfois expéditives.
Ce qu’il conteste, c’est la manière.
Et c’est précisément là que l’affaire devient intéressante.
La production de Samedi d’en rire a depuis donné une version sensiblement différente. Selon elle, le retour de Jean-Luc Lemoine pour une nouvelle saison n’aurait pas été définitivement confirmé et l’animateur aurait été sollicité afin de préciser ses intentions, alors même que son nom circulait autour de nouveaux projets dans un autre groupe audiovisuel. France 3 aurait par ailleurs souhaité donner « une nouvelle dynamique » au programme.
Jean-Luc Lemoine conteste cette présentation. Il assure notamment que ces demandes répétées de confirmation n’ont jamais existé et rappelle que, les années précédentes, les discussions définitives concernant la saison suivante se faisaient également assez tardivement.
Autrement dit, chacun raconte désormais son histoire.
Et l’arrivée de Bernard Montiel pour lui succéder n’a absolument rien calmé.
L’ancien animateur de Vidéo Gag s’est mêlé publiquement à la polémique, évoquant notamment des « pleureuses » à propos des réactions provoquées par cette éviction, un terme ensuite retiré de sa publication. Il a également laissé entendre que Jean-Luc Lemoine préparait depuis plusieurs mois son arrivée ailleurs.
Il n’en fallait pas davantage pour faire sortir Lemoine de ses gonds.
L’animateur a répondu qu’il n’avait, au 23 août, signé avec personne et s’est moqué du côté « journaliste d’investigation » de Bernard Montiel, estimant que lorsqu’on ne dispose pas d’informations fiables, mieux vaut éviter d’en raconter.
Mais derrière les piques et l’ironie, il y a surtout chez Jean-Luc Lemoine une volonté assez claire : ne pas laisser s’installer une version des événements qu’il considère comme fausse.
Et il n’est pas complètement seul.
Marc Toesca, présent dans Samedi d’en rire depuis les débuts, a décidé de quitter l’émission. Yoann Riou a lui aussi annoncé son départ. Une solidarité suffisamment rare dans le monde de la télévision pour être soulignée : lorsqu’un animateur change, les équipes restent généralement en place et poursuivent leur travail.
Cette fois, une partie de la bande préfère partir avec lui.
Le feuilleton prend même désormais une tournure juridique puisque Jean-Luc Lemoine a annoncé qu’il laisserait son avocat gérer la suite de ses échanges avec la production.
On peut évidemment considérer que tout cela prend des proportions excessives pour un simple changement d’animateur. La télévision a toujours fonctionné ainsi : on arrive, on plaît, on dure quelques saisons, puis quelqu’un décide qu’il est temps de mettre un autre visage à l’écran.
Mais cette réponse est peut-être justement devenue trop facile.
Car derrière les stars du petit écran se trouvent aussi des relations professionnelles. Et ce que semble défendre Jean-Luc Lemoine dépasse finalement son seul cas : on peut accepter d’être remplacé sans accepter d’être traité n’importe comment.
Il y a aussi quelque chose d’assez inhabituel chez lui dans cette bataille. Jean-Luc Lemoine a longtemps cultivé l’image d’un homme calme, ironique, capable de regarder les absurdités de la télévision avec une certaine distance. Le voir aujourd’hui monter au créneau, répondre point par point et refuser de laisser passer ce qu’il estime injuste montre que l’affaire l’a réellement atteint.
Il aurait sans doute été plus confortable de publier trois lignes convenues : « Merci à France 3 pour ces merveilleuses années, bonne chance à mon successeur et à bientôt pour de nouvelles aventures. »
Il ne l’a pas fait.
Et quelque part, c’est aussi ce qui rend cette histoire intéressante.
Jean-Luc Lemoine n’est probablement pas en guerre contre le principe d’avoir été remplacé. Il se bat surtout contre la façon dont il estime avoir été remplacé et contre le récit qui est désormais fait de son départ.
Reste à savoir si cette bataille lui permettra réellement d’obtenir réparation ou si elle restera l’un de ces grands feuilletons de rentrée dont la télévision raffole.
Une chose est certaine : France 3 voulait donner une « nouvelle dynamique » à Samedi d’en rire.
Avant même la première émission avec Bernard Montiel, c’est réussi.
Mais probablement pas de la manière qui était prévue.
