L’auteur travaille sur l’affaire Epstein depuis plusieurs années. Dans ce livre, il rassemble des éléments provenant de l’affaire connue publiquement et les organise dans une narration à la première personne. Son ambition est de faire apparaître non seulement les crimes d’Epstein, mais surtout la mécanique d’un univers fait d’argent, de pouvoir, de relations et de prédation. L’éditeur présente ainsi le livre comme une tentative de décrire les origines et le fonctionnement du « système Epstein ».
C’est aussi ce qui rend l’ouvrage dérangeant. Faire parler Epstein permet de rendre le prédateur presque physiquement présent, mais crée une frontière volontairement trouble entre ce qui est documenté, ce qui est reconstitué et ce que Karl Zéro imagine.
Il faut donc le lire pour ce qu’il est : ni un procès-verbal, ni une biographie académique, mais une interprétation romanesque appuyée sur une longue enquête de son auteur.
La méthode possède une vraie force narrative. Au lieu d’observer le monstre depuis l’extérieur, Karl Zéro oblige son lecteur à regarder le monde depuis son point de vue. C’est inconfortable, parfois éprouvant, et probablement voulu. Certains lecteurs disent d’ailleurs avoir trouvé le livre particulièrement captivant, tandis qu’une lectrice de la Fnac, pourtant très positive, estimait ne pas avoir découvert beaucoup d’informations nouvelles par rapport à ce qu’elle connaissait déjà de l’affaire
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Mais c’est précisément là que se situe l’intérêt du livre, moins dans une succession de révélations inédites que dans la tentative de donner une cohérence à ce que l’affaire Epstein révèle de notre société. Comment un homme dont les comportements criminels étaient connus de nombreux interlocuteurs a-t-il pu continuer aussi longtemps à fréquenter des personnalités extrêmement puissantes ? Comment l’argent et le prestige peuvent-ils créer autour d’un prédateur une zone où les règles ordinaires semblent s’effacer ?
Il faut néanmoins conserver une distinction fondamentale : avoir rencontré Epstein, avoir figuré dans son carnet d’adresses ou avoir voyagé avec lui ne constitue pas en soi la preuve d’une participation à ses crimes. Cette prudence devient encore plus importante lorsqu’un roman mélange faits établis et reconstruction psychologique.
Avec Dans la peau d’Epstein, Karl Zéro choisit donc une porte particulièrement risquée, celle de la fiction pour raconter une histoire terriblement réelle.
On peut discuter certaines de ses interprétations, contester son approche ou trouver le procédé excessif. Mais il est difficile de nier son efficacité : on referme le livre avec une question plus inquiétante encore que celle du personnage Epstein, comment un tel système a-t-il pu fonctionner aussi longtemps autour de lui ?
Et peut-être est-ce finalement le vrai sujet du livre, Epstein est mort. Le monde qui lui a permis d’exister, lui, mérite toujours d’être interrogé.
