Le détail pourrait facilement sombrer dans le graveleux. Pourtant, il apparaît noir sur blanc dans les documents de l’enquête de Palm Beach. En 2006, une jeune fille interrogée par la police décrit le pénis d’Epstein comme « déformé » et de forme ovale, plus épais à la base et plus fin vers l’extrémité, au point de le comparer à un œuf ou un citron.
Trois ans plus tard, cette description revient directement devant Epstein.
Lors d’une déposition civile en septembre 2009, l’avocat Spencer Kuvin lui demande s’il est vrai qu’il possède ce qui a été décrit comme un pénis « en forme d’œuf ». L’avocat précise alors qu’il reprend la description figurant dans les documents policiers. Les avocats d’Epstein protestent immédiatement et interrompent finalement la déposition. (Yirah.fi)
Des documents judiciaires ultérieurs montrent d’ailleurs pourquoi cette question intéressait les avocats des victimes : une particularité anatomique suffisamment reconnaissable pouvait constituer un élément d’identification dans les accusations d’abus sexuels. (Yirah.fi)
Mais peut-on aller plus loin ? Peut-on imaginer qu’une particularité physique vécue depuis l’adolescence ait contribué à construire chez Epstein un rapport pathologique au sexe, au pouvoir et aux femmes ?
C’est tentant. Et c’est précisément là qu’il faut être prudent.
Une différence anatomique intime peut évidemment provoquer, chez certaines personnes, honte, complexe, peur du rejet ou sentiment d’infériorité. Mais rien ne permet de reconstruire rétrospectivement la psychologie d’Epstein à partir de son anatomie. Encore moins d’établir un lien de causalité entre celle-ci et ses comportements sexuels criminels.
Des millions d’hommes vivent avec des particularités génitales, des complexes corporels ou des difficultés sexuelles sans devenir des prédateurs.
Et un élément supplémentaire impose la prudence : aucun diagnostic médical public ne permet d’affirmer qu’Epstein souffrait d’un micropénis ou d’une malformation congénitale déterminée. Plus étonnant encore, son rapport d’autopsie de 2019 décrit ses organes génitaux comme non traumatisés et ceux d’un homme circoncis « normal ». (Doj Files)
Il reste donc une contradiction intéressante entre les descriptions très précises provenant de certains témoignages et l’absence de constat médical public allant dans le même sens.
La véritable piste psychologique se trouve peut-être ailleurs.
Ce qui caractérise le comportement d’Epstein tel qu’il ressort des enquêtes n’est pas simplement une sexualité atypique. C’est l’organisation du pouvoir autour de la sexualité : argent, recrutement, répétition des mêmes scénarios, différence d’âge, contrôle et capacité à transformer son environnement en système destiné à satisfaire ses désirs.
Dans cette perspective, une éventuelle blessure narcissique liée au corps pourrait éventuellement avoir constitué un élément de son histoire personnelle. Mais en faire la clé qui expliquerait Epstein serait beaucoup trop simple.
Son anatomie peut être un détail biographique troublant.
Elle n’est pas une explication de ses crimes.
Et c’est peut-être justement ce qui rend ce détail intéressant : il ouvre une question sur la construction de son rapport à la sexualité sans jamais nous autoriser à prétendre que nous possédons la réponse.
