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Lilly Wachowski accuse Hollywood de transphobie face son film au casting entièrement trans

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Lilly Wachowski accuse Hollywood de transphobie face son film au casting entièrement trans

Elle a participé à la création de l’un des plus grands phénomènes de l’histoire du cinéma contemporain avec Matrix. Pourtant, près de trente ans plus tard, Lilly Wachowski affirme avoir toutes les peines du monde à réunir quelques millions de dollars pour son nouveau film. La raison, selon elle : le projet repose sur un casting composé exclusivement d’acteurs et d’actrices transgenres.

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La réalisatrice américaine a raconté ses difficultés dans le podcast The Business de la radio KCRW. Son projet, intitulé The Hunted, est un thriller politique dystopique écrit avec sa compagne Mickey Ray Mahoney. Wachowski le présente comme une œuvre née directement du climat actuel entourant les personnes transgenres aux États-Unis, une manière de transformer colère, inquiétude et frustration en fiction. Le scénario circulerait à Hollywood et recevrait même des réactions positives. Le problème commencerait au moment de parler concrètement de production. D’après la cinéaste, les interlocuteurs apprécient le texte mais deviennent beaucoup moins enthousiastes lorsqu’ils découvrent que la distribution doit être entièrement trans.

L’affaire est d’autant plus étonnante que The Hunted n’est pas présenté comme un gigantesque blockbuster. Son budget serait de l’ordre de 10 millions de dollars, une somme importante dans l’absolu mais relativement modeste à l’échelle de l’industrie hollywoodienne. Le film s’inscrit d’ailleurs dans le projet de l’Anarchists United Foundation, structure artistique à but non lucratif cofondée par Wachowski afin notamment de produire des films de genre à budgets contenus et de favoriser des voix habituellement sous-représentées.

Il faut cependant distinguer deux choses. Lilly Wachowski interprète clairement cette difficulté de financement comme liée au caractère entièrement trans de la distribution, mais cela ne signifie pas que nous disposions de refus écrits de studios disant explicitement : « nous ne finançons pas ce film parce que les acteurs sont trans ». Ce que décrit la réalisatrice est plus insidieux : des compliments, de l’intérêt, puis une absence d’engagement financier. C’est précisément cette frontière entre discrimination assumée et prudence économique que le cas Wachowski rend intéressant.

Car Hollywood reste avant tout une industrie obsédée par le risque. Les studios peuvent parfaitement considérer qu’un film porté par une distribution peu connue et destiné, à leurs yeux, à un public restreint représente un investissement difficile à rentabiliser. Mais cet argument possède son propre piège : si les producteurs refusent de financer des acteurs trans parce qu’ils ne sont pas suffisamment connus du grand public, comment pourraient-ils un jour le devenir ? Le cinéma fabrique aussi les stars qu’il prétend ensuite rechercher.

Le paradoxe est encore plus spectaculaire lorsqu’il concerne Lilly Wachowski. Avec sa sœur Lana, elle a bouleversé la science-fiction en réalisant Matrix, immense succès mondial devenu un élément majeur de la culture populaire. Les questions d’identité, de transformation, de corps et de perception traversaient déjà leur cinéma bien avant que les deux cinéastes ne rendent publique leur transidentité. Lilly expliquait d’ailleurs par la suite que Matrix n’avait pas été conçu dès le départ comme une allégorie trans, même si leur propre expérience s’était progressivement glissée dans l’écriture du film.

Lilly Wachowski ne semble pourtant pas décidée à abandonner The Hunted. Faute de financement traditionnel, elle cherche d’autres manières de faire exister le scénario. Une lecture publique a notamment été organisée au Dynasty Typewriter de Los Angeles, transformant temporairement l’impossibilité de tourner le film en expérience collective. (People.com)

L’histoire dépasse donc largement la seule question d’un casting. Elle interroge la contradiction permanente d’Hollywood : une industrie qui célèbre volontiers la diversité lors des cérémonies et dans ses campagnes de communication, mais qui peut redevenir extrêmement prudente dès qu’il faut mettre réellement de l’argent sur la table.

On pourra discuter le projet, son scénario, son potentiel commercial et même le choix d’un casting exclusivement trans. C’est parfaitement légitime. Mais l’œuvre devrait idéalement pouvoir être jugée comme n’importe quelle autre : sur ce qu’elle raconte et sur ce qu’elle vaut artistiquement. Le véritable progrès arrivera probablement le jour où la présence d’acteurs trans dans un film ne constituera plus en elle-même un événement, un argument promotionnel ou un motif d’inquiétude financière.

Et il y a quelque chose d’assez vertigineux à voir l’une des créatrices de Matrix, œuvre qui demandait précisément au spectateur de regarder au-delà du monde qu’on lui présentait comme évident, devoir aujourd’hui convaincre Hollywood qu’un autre visage du cinéma peut simplement avoir le droit d’exister.

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