L’effet le plus facile à ressentir est la baisse de température. Lorsque la Lune masque le Soleil, le sol reçoit moins de rayonnement, cesse temporairement de se réchauffer et l’air situé juste au-dessus se refroidit à son tour. L’amplitude dépend énormément de la saison, de l’heure, de la couverture nuageuse et du degré d’occultation du Soleil. Lors de l’éclipse totale américaine de 2017, des stations météorologiques ont enregistré des diminutions de l’ordre de 2 à 4,5 °C dans certaines régions. Le phénomène n’est donc pas seulement une impression : il est parfaitement mesurable.
Le vent peut également changer. Le Soleil chauffe normalement le sol, qui réchauffe ensuite les basses couches de l’atmosphère et entretient une partie des mouvements d’air. Lorsqu’une éclipse interrompt brutalement ce mécanisme, la couche atmosphérique proche du sol devient temporairement plus stable. Durant l’éclipse de 2017, certaines stations ont ainsi constaté une diminution de la vitesse du vent de 1 à 2 mètres par seconde, ainsi que des modifications locales de sa direction. Ce fameux « vent d’éclipse », parfois décrit depuis des siècles, possède donc une réalité physique, même s’il n’apparaît pas partout de la même manière.
La nature vivante réagit elle aussi. Pour de nombreux animaux, la lumière est une véritable horloge. Une obscurité brutale peut donc être interprétée comme l’arrivée prématurée de la nuit. Des observations réalisées lors de différentes éclipses ont montré des oiseaux cessant de chanter ou retournant vers leurs dortoirs, des grillons commençant leurs chants nocturnes et des abeilles regagnant leur ruche. La NASA étudie d’ailleurs ces réactions à travers son programme Eclipse Soundscapes. Quelques minutes plus tard, lorsque la lumière revient, la plupart de ces comportements disparaissent.
Les plantes aussi perçoivent l’éclipse. Elles ne « voient » évidemment pas le phénomène astronomique, mais elles répondent instantanément à la diminution de lumière. Lors de l’éclipse totale de 2017, des chercheurs étudiant l’armoise ont constaté des changements très nets de photosynthèse et des échanges gazeux de la plante. Une autre étude réalisée sur plusieurs cultures pendant l’éclipse de 2006 a observé une chute spectaculaire de l’activité photosynthétique pendant le passage de l’ombre lunaire. Là encore, tout revient rapidement à la normale lorsque le Soleil réapparaît.
Plus étonnant encore, une éclipse agit des dizaines et même des centaines de kilomètres au-dessus de nos têtes. La lumière ultraviolette du Soleil entretient en permanence l’ionisation de la haute atmosphère. Quand cette lumière disparaît brusquement, l’ionosphère commence pendant quelques minutes à se comporter davantage comme elle le ferait la nuit : la densité de certains électrons diminue et la propagation des ondes radio peut être légèrement modifiée. C’est précisément pour observer ces phénomènes que la NASA utilise les éclipses comme de gigantesques expériences naturelles.
Mais peut-on aller jusqu’à parler d’un **effet sur le climat ? Non. Le climat correspond à des évolutions observées sur de vastes régions et pendant des périodes longues. L’ombre d’une éclipse ne traverse au contraire une région que pendant un temps extrêmement court. Même une éclipse totale produit donc seulement une perturbation météorologique locale et passagère. Quelques minutes ou quelques heures plus tard, le bilan énergétique de l’atmosphère reprend son fonctionnement habituel.
Il n’existe pas davantage de raison scientifique de penser qu’une éclipse puisse déclencher des tempêtes, des séismes ou provoquer durablement des dérèglements météorologiques. La Lune et le Soleil influencent évidemment les marées, mais une éclipse solaire se produit à la nouvelle Lune : les grandes marées associées à l’alignement Soleil-Terre-Lune font partie du cycle astronomique habituel et ne constituent pas une conséquence mystérieuse de l’obscurcissement du Soleil.
Une éclipse possède donc bien des répercussions physiques sur notre environnement, mais elles sont beaucoup plus fines que les légendes qui les entourent : quelques degrés perdus, un vent qui ralentit ou change légèrement, des oiseaux désorientés, des insectes qui croient la nuit arrivée, des plantes qui interrompent momentanément leur photosynthèse et une haute atmosphère qui bascule fugitivement vers un comportement nocturne.
Et c’est peut-être ce qui rend une éclipse encore plus extraordinaire : pendant quelques instants, il suffit qu’un disque de 3 474 kilomètres de diamètre passe devant le Soleil pour que toute une portion de la Terre commence véritablement à se comporter comme si la nuit était tombée.
