Les préférences physiques existent bel et bien. Elles sont influencées par notre époque, notre culture, les images auxquelles nous avons été exposés et, surtout, notre histoire personnelle. Mais lorsqu’on examine les recherches consacrées à l’attirance, une chose apparaît rapidement : ce que les hommes déclarent préférer et les personnes dont ils tombent réellement amoureux ne coïncident pas toujours.
Commençons par la taille. Contrairement au cliché voulant que les hommes fantasment systématiquement sur les femmes grandes et élancées, les études sur les couples hétérosexuels montrent surtout une préférence assez classique : beaucoup d’hommes apprécient une partenaire un peu plus petite qu’eux. Cela ne signifie évidemment pas qu’une femme de 1,80 m serait désavantagée. La taille intervient parmi une multitude d’autres critères et son importance diminue considérablement dès que l’on quitte le questionnaire abstrait pour entrer dans une véritable rencontre.
Et les cheveux ?
C’est probablement là que les clichés sont les plus tenaces. La blonde serait sexy et solaire, la brune mystérieuse et sensuelle, la rousse rare et sulfureuse. Ces catégories racontent surtout l’imaginaire collectif. Cinéma, publicité, littérature et culture populaire ont fabriqué autour des couleurs de cheveux des personnages presque prêts à l’emploi.
La blonde bénéficie historiquement d’une visibilité considérable dans les représentations occidentales de la séduction. De Marilyn Monroe à Brigitte Bardot, toute une industrie culturelle a contribué à associer cheveux blonds, désir et féminité. Pourtant, lorsqu’on interroge les hommes, les brunes sont loin d’être reléguées au second plan et arrivent même en tête dans certaines enquêtes.
Les rousses occupent une position particulière. Naturellement beaucoup plus rares, elles peuvent précisément attirer parce qu’elles sont moins communes. Le roux est devenu une caractéristique très identifiable et parfois fortement fantasmée. Mais rareté ne signifie pas automatiquement préférence générale : elle peut provoquer chez certains une attraction très forte et laisser d’autres parfaitement indifférents.
En réalité, demander « les hommes préfèrent-ils les blondes ou les brunes ? » revient un peu à demander s’ils préfèrent le bleu ou le rouge. Quels hommes ? À quel âge ? Dans quel pays ? Pour une aventure, une première impression, une relation amoureuse ? Et surtout : face à quelle personne ?
Car l’attirance ne fonctionne pas comme un catalogue dans lequel nous additionnerions des caractéristiques : 1,65 m + brune + yeux verts = désir. Un visage, une voix, une façon de rire, de regarder, de marcher ou d’occuper l’espace peuvent bouleverser en quelques secondes toutes les préférences que quelqu’un pensait avoir.
C’est même l’un des paradoxes les plus intéressants du désir. Nous sommes capables de décrire avec une précision extraordinaire notre « type » idéal avant de rencontrer quelqu’un qui ne lui ressemble absolument pas.
Un homme peut avoir toujours affirmé aimer les grandes blondes et tomber éperdument amoureux d’une petite brune. Un autre jurer ne regarder que les brunes avant qu’une rousse ne fasse voler son classement en éclats. Parce qu’entre trouver un type physique séduisant sur une photographie et éprouver une attirance pour une personne réelle, il existe un territoire immense : celui de la présence.
Il existe néanmoins une constante plus solide que la couleur des cheveux. Les recherches sur l’attirance accordent une place importante au visage, aux expressions, à certains signes associés à la santé, mais aussi à des éléments qui ne se mesurent pas avec un mètre ou un nuancier : assurance, humour, familiarité, proximité, réciprocité du désir et personnalité.
Et avec l’âge, les critères peuvent encore évoluer. Ce qui fascinait à 20 ans n’est pas nécessairement ce qui touche à 40 ou 60 ans. L’expérience ajoute aux caractéristiques physiques toute une mémoire sentimentale : certaines voix rassurent, certains regards rappellent quelque chose, certaines attitudes deviennent irrésistibles alors qu’elles auraient été invisibles vingt ans auparavant.
Alors, grandes ou petites ? Les deux.
Blondes, brunes ou rousses ? Les trois.
Et l’on pourrait ajouter cheveux noirs, gris, blancs ou totalement assumés sans cheveux.
La vraie réponse est finalement beaucoup moins spectaculaire qu’un classement, mais beaucoup plus intéressante : les hommes n’aiment pas « les femmes » selon un modèle unique. Ils aiment certaines femmes. Et lorsqu’une véritable attirance apparaît, elle possède cette fâcheuse habitude de ne pas demander l’autorisation aux statistiques.
C’est probablement pour cela que, depuis des siècles, nous continuons à vouloir comprendre les règles du désir.
Il n’est pas certain qu’il en ait beaucoup.
