Pas une simple timidité. Pas davantage le choix d’un célibataire endurci ayant décidé de vivre loin de toute relation sentimentale. Nzamwita affirme ressentir une véritable peur à leur contact, au point d’avoir organisé toute son existence autour d’un principe : ne pas avoir à s’approcher d’elles.
Lorsqu’il est médiatisé en 2023, Callixte Nzamwita a 71 ans. Selon son témoignage, son retrait aurait commencé vers l’âge de 16 ans. Cela représente alors environ 55 années d’une existence extraordinairement isolée.
Pour parvenir à vivre ainsi, l’homme a construit autour de son habitation une imposante clôture. Elle n’est pas destinée à empêcher les voleurs d’entrer ou les animaux de pénétrer chez lui. Sa fonction principale est beaucoup plus singulière : maintenir les femmes à distance.
Derrière cette palissade, Nzamwita a progressivement constitué son propre monde. Il y dort, y mange, y cuisine et accomplit l’essentiel de ses activités quotidiennes. La clôture est ainsi devenue bien davantage qu’une protection matérielle. Elle représente la frontière physique entre sa peur et le monde extérieur.
Son histoire est généralement associée à ce que l’on appelle la gynophobie, c’est-à-dire une peur intense et irrationnelle des femmes. Il faut cependant rester prudent : si ce terme permet de comprendre le phénomène, rien ne permet d’affirmer que Nzamwita ait personnellement reçu un diagnostic psychiatrique officiel et documenté de gynophobie.
Et surtout, la gynophobie ne doit pas être confondue avec la misogynie.
Un misogyne développe du mépris, de l’hostilité ou des préjugés envers les femmes. Dans une phobie, le mécanisme est différent : c’est la peur qui domine, accompagnée d’un besoin parfois incontrôlable d’éviter la situation ou la personne qui la déclenche.
Pourquoi cette peur est-elle apparue chez Callixte Nzamwita ?
C’est probablement la plus grande zone d’ombre de son histoire. Les récits disponibles ne permettent pas d’établir avec certitude un événement traumatique précis qui expliquerait son comportement. On peut imaginer beaucoup de choses, mais ce serait justement le problème : les imaginer. La seule chose raisonnable consiste donc à retenir ce que l’homme raconte lui-même. La proximité des femmes lui provoque suffisamment de peur pour qu’il ait préféré vivre enfermé plutôt que de devoir l’affronter.
Mais son histoire possède un paradoxe extraordinaire.
L’homme qui a consacré une grande partie de sa vie à fuir les femmes dépend notamment de femmes pour vivre.
Des habitantes du voisinage connaissent sa situation et lui viennent en aide. Elles lui apportent de la nourriture et différents produits nécessaires à son quotidien. Sachant qu’il ne souhaite pas qu’elles s’approchent de lui, elles respectent sa distance. Les provisions sont déposées ou envoyées à l’intérieur de son enceinte et il vient ensuite les récupérer.
Cette image change complètement la perception de l’histoire.
Ces femmes auraient pu rire de lui. Elles auraient pu considérer qu’un homme refusant leur présence n’avait qu’à se débrouiller seul. Elles font exactement l’inverse. Elles acceptent une peur qu’elles ne comprennent probablement pas totalement et continuent malgré tout à lui venir en aide.
C’est à cet endroit que l’histoire de Callixte Nzamwita devient beaucoup plus intéressante qu’une simple curiosité virale.
Car derrière « l’homme qui a peur des femmes » se trouve surtout un être humain ayant laissé une peur déterminer l’espace dans lequel il pouvait vivre.
Une peur peut commencer par quelques mètres de recul.
Puis devenir une habitude.
L’habitude devient une règle.
Et la règle finit parfois par construire des murs.
Pendant que le monde extérieur avançait, que les générations se succédaient et que son propre pays connaissait d’immenses bouleversements, Callixte Nzamwita continuait à vivre derrière sa clôture.
Et de l’autre côté se trouvaient précisément celles qu’il redoutait.
Non pas pour forcer la porte.
Non pas pour se moquer de lui.
Mais pour lui apporter à manger.
C’est probablement l’image la plus forte de cette histoire : pendant plus d’un demi-siècle, un homme a construit une barrière pour se protéger des femmes tandis que, de l’autre côté de cette même barrière, des femmes continuaient simplement à prendre soin de lui.
Et soudain, l’histoire qui pouvait sembler amusante ne l’est plus vraiment.
Elle devient celle d’une prison dont Callixte Nzamwita est à la fois le prisonnier, le gardien et l’architecte.
