Les faits se déroulent à la mi-juillet 2026 sur la plage de Hon Chong, dans la baie de Nha Trang, l’une des stations balnéaires les plus connues du Vietnam. Des images commencent alors à circuler sur Facebook. On y voit plusieurs touristes manipuler des morceaux de corail fraîchement prélevés et les placer dans des sacs en plastique.
Ce qui aurait pu passer pour quelques fragments ramassés sur le rivage est en réalité beaucoup plus sérieux. Les autorités établiront que deux hommes ont directement cassé environ 10,5 kilos de corail Acropora, avec l’intention de les emporter chez eux comme souvenirs.
Le groupe comptait une dizaine de personnes. Après la diffusion massive des images, la police, les responsables de la baie de Nha Trang et les autorités locales parviennent à identifier deux hommes âgés de 50 et 62 ans, originaires de Đồng Nai, dans le sud du Vietnam.
Interrogés, ils expliquent qu’ils ignoraient se trouver dans une zone soumise à des mesures de protection et de restauration du récif. Une justification qui passe assez mal puisque des panneaux signalant l’interdiction d’endommager les coraux étaient présents sur le site.
Les deux touristes ont finalement été condamnés chacun à une amende de 25 millions de dôngs, soit environ 950 dollars, pour prélèvement illégal d’une espèce aquatique protégée.
Le corail Acropora concerné appartient en effet à une catégorie vietnamienne d’espèces aquatiques menacées, précieuses ou rares. Il bénéficie également d’une protection internationale dans le cadre de la CITES.
Mais au-delà de l’amende, c’est surtout l’importance des dégâts qui a choqué.
Un scientifique de l’Institut d’océanographie de Nha Trang a rappelé quelques jours plus tard que ces coraux ne repoussent que d’environ **un à un centimètre et demi par an**. Les quelque dix kilos arrachés sont considérés comme irrécupérables à court terme.
Autrement dit, quelques minutes d’inconscience peuvent suffire à détruire une construction biologique qui a nécessité des années, voire des décennies.
L’affaire a rapidement dépassé le simple cadre du fait divers. La province de Khánh Hòa a demandé un renforcement de la surveillance des récifs de la baie de Nha Trang ainsi qu’une application plus stricte des sanctions contre ceux qui les dégradent.
La vidéo tournée par un témoin aura donc eu une conséquence inattendue : transformer ces touristes en symbole national de ce qu’il ne faut surtout pas faire lorsqu’on visite un environnement fragile.
Cette histoire paraît presque absurde tant le geste semble difficile à comprendre. Pourquoi vouloir emporter dix kilos de corail chez soi ? Pour décorer une étagère ? Pour garder une trace des vacances ?
C’est précisément là que le fait divers devient intéressant.
À force de considérer certains paysages comme des décors mis à notre disposition, on oublie parfois qu’ils sont vivants. Un fragment de corail n’est pas un bibelot. Il appartient à un écosystème extrêmement fragile dont dépendent poissons, mollusques et nombreuses autres espèces marines.
Les deux hommes voulaient peut-être conserver chez eux un morceau de la beauté de Nha Trang.
Ils ont surtout réussi à en détruire une partie.
À notre connaissance au 9 août 2026, cette affaire n’a pratiquement pas été relayée par les grands médias français. Au Vietnam, en revanche, elle a suffisamment marqué les esprits pour provoquer des sanctions, de nombreux articles et de nouvelles mesures de protection.
Un petit fait divers estival, donc, mais qui raconte finalement beaucoup de notre manière de voyager : cette étrange tentation de vouloir posséder les lieux que l’on prétend admirer.
