Le principal problème vient peut-être de la mise en scène et du rythme : l’ensemble ressemble davantage à un téléfilm bien fabriqué qu’à une véritable œuvre de cinéma. Tout est propre, correctement joué, plutôt sympathique, mais il manque cette ampleur, cette profondeur et cette petite part d’inattendu qui auraient pu donner davantage de saveur à l’histoire.
Bernard Campan, que j’apprécie pourtant souvent, ne m’a pas particulièrement convaincu ici. Son personnage et son jeu restent assez attendus, presque trop sages, comme s’il ne parvenait jamais réellement à dépasser ce que le scénario lui demande.
En revanche, Isabelle Carré tire nettement son épingle du jeu. Comme souvent, elle possède cette capacité assez rare à rendre immédiatement crédible un personnage. Son naturel, sa générosité, son émotion sans surjeu et son immense savoir-faire donnent au film ses meilleurs moments. Elle apporte de la vie et de l’humanité là où l’ensemble aurait facilement pu devenir complètement mécanique.
Le personnage du jeune assistant, lui, m’a semblé beaucoup plus caricatural. Il remplit sa fonction dans le récit, mais avec des traits tellement appuyés qu’il finit davantage par ressembler à un ressort de comédie qu’à un véritable personnage.
C’est d’autant plus dommage que le scénario possédait de belles possibilités. Cette rencontre entre des êtres cabossés, la solitude, les secondes chances, les sentiments qui arrivent là où on ne les attend plus : il y avait matière à aller beaucoup plus loin.
Mais le film reste souvent à la surface des choses. Les situations s’enchaînent sans vraiment prendre le temps de se développer et l’émotion, pourtant annoncée, ne surgit que rarement avec la force espérée.
"La Dégustation" n’est donc ni un mauvais film ni un film raté. Il se regarde sans déplaisir, possède quelques jolies scènes et bénéficie surtout de la présence lumineuse d’Isabelle Carré. Mais au regard de son sujet et du succès de la pièce originale, j’espérais quelque chose de plus dense, de plus profond et surtout de plus cinématographique.
En somme, une dégustation agréable, mais un peu plate. On aurait simplement aimé que le film ait davantage de corps, de longueur en bouche… et un peu plus d’ivresse.
