Comment raconter ce voyage intime ?
Comment dire ce lieu où l’on continue
d’exister alors que plus rien, en soi, ne semble
répondre ?
Autour de moi, tout poursuivait son cours.
Les jours.
Les voix.
Les habitudes.
Et pourtant, à l’intérieur, quelque chose
s’était retiré.
Personne ne pouvait venir jusque-là.
Il existe des traversées qui ne connaissent
aucun témoin.
Elles ne laissent presque aucune trace.
Et pourtant, elles déplacent une vie entière.
J’ai atteint un endroit où tout semblait
s’être tu.
Le désir.
Les mots.
Le dessin.
L’écriture.
Je croyais que tout avait disparu.
Je me trompais.
Rien ne s’était éteint.
Tout attendait.
Ma solitude n’était pas vide.
Elle gardait en silence ce qui me
constituait encore.
La traversée ne m’a pas transformée.
Elle n’a rien ajouté.
Elle a simplement retiré ce qui empêchait la
vie de reprendre sa circulation.
Le dessin attendait.
L’écriture attendait.
Ils n’étaient jamais partis.
C’était moi qui ne savais plus comment
revenir jusqu’à eux.
Puis il y eut presque rien.
Une feuille.
Un crayon.
Une main qui cesse de résister.
Le geste est revenu avant les certitudes.
Et c’est peut-être ainsi que recommencent
certaines existences.
Elles ne renaissent pas d’une explication.
Elles renaissent d’un geste.
Depuis, je regarde autrement les choses les
plus ordinaires.
Une poignée de porte.
Le bruit d’un train.
Une tasse encore chaude.
Le frottement du graphite sur le papier.
Il suffit parfois d’une présence minuscule
pour sentir que la vie recommence à circuler.
Je ne dessine pas pour raconter
cette traversée.
Je dessine parce que ce geste garde la
mémoire du chemin parcouru.
L’écriture poursuit le même mouvement.
Elle ne cherche pas à expliquer.
Elle cherche à rendre une
expérience habitable.
Je ne voudrais laisser qu’une seule trace.
Cette confiance.
Même lorsque tout semble silencieux,
quelque chose en nous continue d’attendre.
Je croyais avoir perdu le chemin.
En réalité, c’était lui qui m’attendait.
