J’ai souvent eu le sentiment d’être jugée
trop vite.
Ou mise à l’écart pour quelque chose qui
m’échappait.
Ce rejet, souvent silencieux, parfois dissimulé,
a laissé en moi une trace profonde.
Je pensais que le monde fonctionnait,
pensait, ressentait et voyait comme moi.
Découvrir que ce n’était pas le cas a été un
bouleversement intérieur.
Alors j’ai cherché à comprendre.
Avec sérieux.
Avec patience.
Ce ne fut ni une intuition.
Ni une étiquette posée sur moi.
Ce fut un chemin.
Près de deux années de recherche.
Des séances d’EMDR.
Des évaluations neuropsychologiques.
Des entretiens avec un médecin psychiatre.
Au terme de ce parcours, les mots
sont venus.
Autisme.
Asperger.
Haut potentiel intellectuel.
Synesthésie.
Les entendre à mon âge a été un choc.
Soudain, quelque chose s’alignait.
Mes difficultés.
Mes décalages.
Mes incompréhensions.
Tout trouvait enfin une cohérence.
Alors une colère est remontée.
Une colère sourde.
La colère de ne pas avoir su plus tôt.
La colère de m’être si longtemps adaptée à
une norme qui ne me correspondait pas.
Aujourd’hui, je peux simplement dire :
Je fonctionne différemment.
Je perçois des détails, des ambiances, des
textures, des nuances que d’autres ne
remarquent pas.
Les mots, pour moi, ne sont pas seulement
des mots.
Ils deviennent des images.
Les images portent des couleurs.
Les couleurs résonnent.
C’est une manière d’habiter le monde à la fois
riche et envahissante.
Évidente pour moi.
Longtemps invisible pour les autres.
Parce que je pensais que tout le monde
vivait cela.
Dans le même temps, certaines situations,
notamment sociales, me demandent
davantage d’énergie.
Davantage d’attention.
Davantage d’ajustements.
Ce qui se joue en moi n’est pas
toujours visible.
Mais c’est réel.
Je comprends aujourd’hui que ces mots ne
m’ont pas changée.
Ils ont simplement cessé de laisser ma vie
sans réponse.
Je ne suis pas devenue quelqu’un d’autre.
Je suis en train de reconnaître enfin celle que
j’ai toujours été.
