Art of Juliette

Le trop-plein d’existence.

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Le trop-plein d'existence.

« Certaines existences ne débordent pas d’émotions.
Elles débordent de monde. »

On me demande parfois pourquoi je suis submergée émotionnellement. Je crois que la question est incomplète. Ce ne sont pas seulement les émotions qui me traversent. C’est le monde entier. Les couleurs, les sons, les silences, les pensées, les présences entrent avec une intensité qui ne choisit jamais son moment. Le dessin est devenu l’endroit où cette abondance cesse d’être un débordement pour devenir une forme.

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« Pouvez-vous être submergée
émotionnellement sans savoir pourquoi ? »

La question du psychiatre reste longtemps
en moi.

Je cherche une réponse.

Puis une autre.

J’ai comme un trop-plein d’existence.

Mon coeur bat plus vite.
Mes pensées cherchent une cause.

Un mot.
Une logique.

Mon esprit aime comprendre.

Classer.
Organiser.

Lorsque rien ne s’assemble, je me retrouve
devant une tempête sans schéma.

Submergée.
Mais lucide.

Perdue.
Mais consciente de l’être.

Il arrive que quelque chose se dérègle à
l’intérieur de moi.

Comme un instrument très précis dont
personne ne connaît le mode d’emploi.

Tout ce que je vis, je le ressens fortement.

Intensément.
Rien n’est plat.

Une couleur ne reste jamais une
simple couleur.

Une voix ne demeure jamais un simple son.
Un silence possède une épaisseur.

Une présence transforme tout l’espace.
Chaque détail prend une place immense.

Je ne choisis pas cette intensité.
Elle est là.

Toujours.

Lorsque je crée, elle change de visage.
Elle cesse de me traverser dans tous les sens.

Une chaleur rouge et orange se diffuse
en moi.

Je retrouve mes ressources.
Je me repulpe d’envie.

Le dessin accueille ce qui déborde.

Il ne réduit rien.
Il donne une direction.

Une ligne devient un souffle.
Une couleur devient une respiration.

Une feuille devient un espace assez vaste
pour recevoir ce qui ne trouvait pas encore sa
place.

Le mouvement aussi me calme.

J’entame alors un dialogue invisible avec
mon corps.

Lorsque je marche, je contemple la beauté
de l’instant.

Je me sens au bon endroit.
Au bon moment.

À l’inverse, certaines rencontres me fatiguent
sans que je sache toujours pourquoi.

Je sens que je gaspille l’horloge de
mon univers.

Et perdre mon temps, c’est perdre ma vie.

j’ai besoin que ce que je vis me nourrisse.

Émotionnellement.
Intellectuellement.

Humainement.

Sinon, quelque chose se retire peu à peu
de moi.

Le monde vampirise mon énergie.

Je manque d’eau.

Comme une plante restée trop longtemps
au soleil.

Je crois que le dessin est né de
cette nécessité.

Non pour échapper au monde.

Mais pour lui permettre de trouver, en moi,
une forme habitable.

Peut-être que je ne dessine pas parce que je
regarde autrement.

Peut-être que je dessine parce que je ressens
le monde avec une intensité qui cherche,
depuis toujours, un lieu où continuer à vivre.

Certains articles du Mague bénéficient d’un éclairage ponctuel et maîtrisé de l’intelligence artificielle.

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