Une forme appelle la suivante.
Ma main répond sans hésiter.
Chaque trait reprend le précédent.
Le déplace à peine.
C’est dans cet infime écart que le dessin
trouve son souffle.
Je ne cherche jamais la répétition parfaite.
Une répétition parfaite arrêterait
le mouvement.
Le vivant procède autrement.
Il reprend.
Il transforme.
Il continue.
Une fougère ne reproduit jamais exactement
la fronde qui l’a précédée.
Un coquillage ne recommence pas sa spirale.
Une nervure poursuit son dessin jusque dans
ses plus infimes bifurcations.
Le motif n’est pas la répétition du même.
Il est la fidélité d’un mouvement.
C’est peut-être pour cela que je le
retrouve partout.
Dans les nervures.
Dans les ramifications.
Dans les spirales.
Dans les écorces.
Dans les fleurs.
Le vivant ne fabrique pas des modèles.
Il laisse une forme poursuivre sa croissance.
Chaque retour garde la mémoire
du précédent.
Chaque variation ouvre une
possibilité nouvelle.
Je ne cherche pas à inventer un motif.
Je laisse une ligne appeler la suivante.
Je laisse un cercle entraîner un autre cercle.
Je laisse le dessin poursuivre son
propre mouvement.
Alors le motif cesse d’être un décor.
Il devient une manière de grandir.
Peut-être n’avons-nous jamais inventé
le dessin.
Peut-être avons-nous seulement appris à
reconnaître celui que le vivant traçait déjà,
silencieusement, bien avant nous.
