Kavinsky, de son vrai nom Vincent Belorgey, a été retrouvé mort à son domicile
parisien mardi 28 juillet 2026 au soir. L’artiste avait 50 ans. L’annonce de son décès a été révélée mercredi matin par Le Parisien, avant d’être reprise par plusieurs médias.
Les circonstances exactes de sa mort restent pour l’instant inconnues. Une enquête aurait été ouverte afin de déterminer les causes du décès, mais aucun élément officiel ne permet, à cette heure, d’avancer une hypothèse.
Né le 31 juillet 1975, il aurait eu 51 ans deux jours plus tard. Sa disparition brutale emporte l’une des personnalités les plus singulières de la musique électronique française : un artiste secret, ironique, cinéphile, longtemps caché derrière des lunettes noires et un personnage de conducteur mort-vivant.
Vincent Belorgey avant Kavinsky
Avant les synthétiseurs, les voitures de sport et les lumières rouges, il y eut Vincent Belorgey, enfant de Seine-Saint-Denis et camarade de jeunesse de Quentin Dupieux, futur Mr. Oizo.
Élève peu passionné par l’école, il apprend le piano dans une maison des jeunes et de la culture, expérimente sur un mélodica, un petit synthétiseur Casio et une boîte à rythmes Roland TR-808. Il découvre plus profondément la musique électronique durant son service militaire, après avoir exercé plusieurs emplois éloignés du monde artistique.
Vincent Belorgey commence également par le cinéma. Proche de Quentin Dupieux, il apparaît dans Nonfilm, puis joue de petits rôles dans Aaltra, Atomik Circus, Ultranova et surtout Steak, aux côtés d’Éric Judor, Ramzy Bedia, Sébastien Tellier et SebastiAn.
Cette expérience de comédien n’est pas anecdotique : Kavinsky ne concevra jamais la musique sans images, personnages ou scénario.
La naissance d’un conducteur mort-vivant
Au milieu des années 2000, Vincent Belorgey invente Kavinsky.
Il ne s’agit pas seulement d’un pseudonyme, mais d’un véritable personnage de fiction. Selon la légende imaginée par l’artiste, Kavinsky meurt en 1986 après avoir perdu le contrôle de sa Ferrari Testarossa. Il réapparaît vingt ans plus tard sous la forme d’un zombie vêtu d’un blouson universitaire, les yeux dissimulés derrière d’épaisses lunettes noires.
L’histoire lui permet de transformer ses influences en mythologie personnelle : les séries télévisées des années 1980, les jeux vidéo, les films de John Carpenter, les mangas japonais, les courses automobiles et les bandes originales synthétiques.
Son premier EP, Teddy Boy, paraît en 2006 chez Record Makers. Il est suivi de 1986 en 2007, puis de Blazer en 2008. Dès ses premiers morceaux, notamment « Testarossa Autodrive », Kavinsky impose un son immédiatement reconnaissable : lignes de basse massives, synthétiseurs menaçants, batteries électroniques et mélodies mélancoliques lancées à pleine vitesse.
En 2007, il participe à plusieurs dates de la tournée mondiale Alive de Daft Punk, aux côtés de SebastiAn et des Klaxons. La reconnaissance dépasse progressivement le cercle des amateurs de la French touch.
« Nightcall », l’appel qui résonna dans le monde entier
Le véritable basculement intervient en 2010 avec « Nightcall ».
Le morceau est produit par Guy-Manuel de Homem-Christo, moitié de Daft Punk, et mixé par SebastiAn. Kavinsky y pose une voix masculine transformée, presque inhumaine, à laquelle répond la voix de Lovefoxxx, chanteuse du groupe brésilien CSS.
Tout est déjà là : la solitude, le désir, la route nocturne, le sentiment de revenir vers une personne aimée tout en sachant que le temps a irrémédiablement séparé les êtres.
Mais le morceau change de dimension lorsque le réalisateur danois Nicolas Winding Refn le choisit pour accompagner le générique d’ouverture de Drive, sorti en 2011. Ryan Gosling traverse Los Angeles au volant d’une Chevrolet Malibu.
La ville défile sous les néons. Les premières notes de « Nightcall » commencent. En quelques minutes, le morceau, l’acteur et le film deviennent indissociables.
« Nightcall » devient beaucoup plus qu’un tube électronique. Il contribue à populariser mondialement une esthétique rétrofuturiste qui sera bientôt appelée synthwave : un futur tel que les années 1980 auraient pu l’imaginer, peuplé de voitures, de nuits artificielles et de souvenirs analogiques.
OutRun, l’album d’un film qui n’existait pas
En 2013 paraît OutRun, son premier album.
Construit comme la bande originale d’un long-métrage imaginaire, le disque raconte la mort, la résurrection et la fuite du personnage Kavinsky. Il contient treize titres, dont « ProtoVision », « Roadgame », « Blizzard », « Dead Cruiser », « Testarossa Autodrive » et naturellement « Nightcall ».
Le disque confirme que Kavinsky ne repose pas sur un seul morceau. Il possède un langage visuel et musical complet. Son œuvre influence directement une nouvelle génération de producteurs, parmi lesquels Perturbator et Carpenter Brut.
Kavinsky enregistre également « Odd Look », dont une nouvelle version accueille la voix de The Weeknd. L’association entre la noirceur cinématographique du Français et le chant de l’artiste canadien prolonge encore la portée internationale de son univers.
Neuf années de silence
Après l’immense succès de OutRun, Vincent Belorgey disparaît presque complètement.
Il ne cherche ni à multiplier les albums ni à occuper constamment l’espace médiatique. Cette absence nourrit le mystère, mais elle traduit aussi un véritable vertige face au succès soudain de « Nightcall ». Kavinsky expliquera avoir eu besoin de recul et de temps avant d’envisager une suite.
Il revient finalement en 2022 avec Reborn, enregistré dans le studio Motorbass fondé par Philippe Zdar. Pour ce deuxième album, il travaille notamment avec Victor Le Masne et Gaspard Augé, membre de Justice. Le disque conserve les paysages synthétiques qui ont fait sa réputation, mais s’ouvre davantage au funk, aux cordes, au saxophone et aux voix.
Le titre de l’album, Reborn, semblait écrit pour lui : Kavinsky revenait une nouvelle fois d’entre les morts.
La consécration des Jeux olympiques
Le 11 août 2024, lors de la cérémonie de clôture des Jeux olympiques de Paris, Kavinsky interprète « Nightcall » avec Angèle et le groupe Phoenix.
La scène offre au morceau une seconde naissance mondiale. Une nouvelle version studio est ensuite publiée. Plus de quatorze ans après sa création, « Nightcall » traverse une nouvelle génération et devient l’un des souvenirs musicaux majeurs des Jeux de Paris.
L’homme qui refusait volontiers de montrer son visage apparaissait alors devant des centaines de millions de téléspectateurs, toujours protégé par ses lunettes et son personnage, mais définitivement installé dans l’histoire de la musique populaire française.

Une fin soudaine et encore inexpliquée
Kavinsky a été retrouvé sans vie chez lui, à Paris, mardi soir. Il avait 50 ans. À ce stade, aucune cause officielle du décès n’a été communiquée. La prudence est donc indispensable : une enquête ne signifie ni crime, ni accident, ni suicide. Elle doit précisément permettre d’établir ce qui s’est produit.
Cette disparition possède pourtant une cruauté particulière.
Pendant vingt ans, Vincent Belorgey avait incarné un homme déjà mort qui continuait à rouler, à aimer et à envoyer des messages depuis l’autre côté de la nuit. Il avait fait de la disparition un costume, de la solitude un moteur et du retour impossible une musique.
Kavinsky laisse deux albums, quelques EP devenus cultes, une silhouette immédiatement reconnaissable et surtout un morceau qui semble n’avoir jamais appartenu à une époque précise.
« Nightcall » continuera de résonner dans les voitures, sur les routes désertes et dans les villes éclairées au néon. Comme un appel lancé par un homme que l’on ne peut plus joindre, mais dont la voix déformée traversera encore longtemps la nuit.
