La réponse la plus honnête est donc la suivante : oui, les incendies de l’été 2026 exerceront une pression supplémentaire sur les tarifs, mais il est encore impossible d’annoncer sérieusement un pourcentage précis.
Les feux sont toujours en cours et les experts ne peuvent pas encore accéder à toutes les zones sinistrées. Au 27 juillet, le seul incendie girondin avait parcouru environ 42 000 hectares et détruit quelque 240 habitations. Plus de 115 000 hectares auraient été touchés par les incendies depuis le début de l’année en France. Les professionnels interrogés évoquent déjà une facture potentiellement « hors norme », mais les premières estimations fiables ne seront disponibles qu’après la stabilisation des feux et l’examen des bâtiments, des véhicules et des entreprises sinistrés.
Les feux de forêt ne relèvent pas de la « Cat Nat »
Il faut d’abord corriger une confusion fréquente : un feu de forêt n’entre normalement pas dans le régime d’indemnisation des catastrophes naturelles.
Lorsqu’une maison est atteinte par les flammes, la fumée ou l’intervention des secours, c’est la garantie incendie du contrat multirisque habitation qui intervient. Les incendies de forêt ne bénéficient donc pas du mécanisme de partage des pertes entre les assureurs privés et la Caisse centrale de réassurance, contrairement aux inondations, aux séismes ou à certains dommages provoqués par la sécheresse. La facture est supportée directement par les assureurs et leurs réassureurs privés.
Cette différence est importante. Elle signifie que les incendies de cet été ne déclencheront pas automatiquement une nouvelle augmentation de la surprime « catastrophes naturelles », dont le taux est fixé par l’État. Ils peuvent cependant peser sur le tarif commercial de la garantie incendie et, plus largement, sur celui des contrats multirisques habitation.
Des assurances qui avaient déjà fortement augmenté
Les incendies arrivent dans un marché où les tarifs sont déjà orientés très nettement à la hausse.
Selon le baromètre 2026 d’Assurland, la prime moyenne d’assurance habitation atteint désormais 310 euros par an, contre 274 euros en 2025, soit une progression de 13 %. Une maison coûte en moyenne 422 euros à assurer, contre 200 euros pour un appartement. Les régions particulièrement exposées aux risques climatiques figurent déjà parmi les plus chères : 361 euros en Corse, 346 euros en Occitanie, 332 euros en Nouvelle-Aquitaine et 331 euros en Provence-Alpes-Côte d’Azur.
Cette augmentation ne vient évidemment pas des seuls incendies. Elle résulte de l’accumulation des tempêtes, des inondations, de la grêle, des sécheresses, mais également de la progression du coût des matériaux, de la main-d’œuvre et de la reconstruction. Les événements naturels avaient déjà coûté environ 5,2 milliards d’euros aux assureurs en 2025, après 5 milliards en 2024 et 6,5 milliards en 2023.
La surprime « Cat Nat » était par ailleurs passée, le 1er janvier 2025, de 12 à 20 % sur les contrats habitation et professionnels. Pour les contrats automobiles comportant une garantie vol et incendie, elle était passée de 6 à 9 %. Ce relèvement décidé avant les incendies de 2026 représentait déjà une vingtaine d’euros supplémentaires par an en moyenne pour une assurance habitation.
Pas de hausse immédiate, mais une pression sur les tarifs de 2027
Une compagnie ne va pas ajouter dès le mois prochain une ligne intitulée « incendies de Gironde » sur les avis d’échéance de tous ses clients.
Les assureurs commenceront par comptabiliser les maisons détruites ou endommagées, les biens mobiliers, les véhicules, les frais de relogement, les commerces, les exploitations agricoles et les pertes d’exploitation. Ils examineront ensuite la part des pertes conservée par les compagnies et celle transférée aux réassureurs.
Ces résultats seront intégrés dans les calculs tarifaires des prochains exercices. L’effet le plus visible pourrait donc apparaître lors des renouvellements de contrats en 2027, ajouté aux autres événements climatiques de l’année.
Pour les incendies girondins de 2022, environ 30 000 hectares avaient brûlé, mais le bilan assurantiel était resté inférieur à 80 millions d’euros pour un peu moins de 2 000 sinistres. Cela montre que le nombre d’hectares détruits ne suffit pas à déterminer le coût assurantiel : la facture dépend surtout du nombre d’habitations, d’entreprises et de véhicules directement touchés. En 2026, la destruction de centaines de bâtiments et l’évacuation de centaines de milliers de personnes pourraient produire un bilan très différent.
Les zones proches des forêts seront les premières concernées
La conséquence la plus probable n’est pas une hausse identique pour tous les Français, mais une tarification de plus en plus différenciée selon l’adresse et le niveau d’exposition.
Les propriétaires de maisons situées à proximité d’un massif forestier, au milieu d’une végétation dense ou dans une zone déjà touchée pourraient se voir appliquer des primes plus élevées, des franchises plus importantes ou des conditions de souscription plus strictes. Les assureurs peuvent également être plus attentifs aux matériaux de construction, à l’accessibilité du logement pour les secours, à la présence d’une piscine ou d’une réserve d’eau et au respect des obligations de débroussaillement.
Les équipements extérieurs constituent un autre point sensible. Portails, terrasses, piscines, abris, plantations et mobilier de jardin ne sont pas toujours couverts par la garantie incendie de base. Ils nécessitent parfois une option spécifique, dont le prix pourrait augmenter dans les secteurs particulièrement exposés.
Le respect du débroussaillement deviendra également un enjeu assurantiel majeur. Dans les zones où cette opération est obligatoire, son absence peut conduire à une majoration de la franchise pouvant atteindre 5 000 euros, en plus des sanctions administratives.
Les automobiles et les professionnels également exposés
Un véhicule détruit par les flammes n’est indemnisé que s’il bénéficie d’une garantie incendie, généralement présente dans les contrats tous risques ou certaines formules intermédiaires. Une simple assurance au tiers ne couvre pas la destruction du véhicule lui-même. Les grands incendies peuvent donc également contribuer à la progression des tarifs automobiles, même si leur impact national devrait rester plus limité que sur l’habitation.
Pour les entreprises, la facture peut être beaucoup plus lourde. Aux dommages matériels s’ajoutent les stocks perdus, les interruptions d’activité, l’annulation de réservations, le chômage technique et les difficultés d’accès aux zones évacuées. Les professionnels du tourisme, de la restauration, de la viticulture et de l’exploitation forestière seront particulièrement attentifs aux plafonds et aux exclusions de leurs contrats.
Les assureurs ont déjà pris des mesures exceptionnelles : le délai de déclaration des sinistres a été prolongé jusqu’au 31 août et les personnes évacuées de leur résidence principale peuvent obtenir, sous conditions et sur justificatifs, la prise en charge de trois semaines de relogement, même lorsque leur habitation n’a pas été directement endommagée.
Vers une assurance à deux vitesses ?
La France n’en est pas encore à la situation de certaines régions américaines, où des compagnies se retirent des territoires exposés aux incendies. Son système repose encore largement sur la mutualisation : les habitants des zones moins dangereuses participent indirectement au financement des sinistres survenus ailleurs.
Mais cette solidarité pourrait progressivement se réduire si les événements extrêmes deviennent annuels. Les assureurs disposent de cartes de risques toujours plus précises et peuvent ajuster leurs tarifs presque maison par maison. Le danger est alors de voir apparaître une assurance à deux vitesses : relativement accessible dans les zones considérées comme sûres, beaucoup plus chère et difficile à obtenir dans les secteurs exposés.
France Assureurs estime que le coût cumulé des événements naturels pourrait atteindre 143 milliards d’euros entre 2020 et 2050, contre 73,4 milliards au cours des trois décennies précédentes. Les coûts observés entre 2020 et 2023 dépassaient déjà de 18 % les projections climatiques réalisées quelques années auparavant.
La prévention, seule manière de limiter durablement la facture
Les incendies de l’été 2026 ne suffiront peut-être pas, à eux seuls, à provoquer une envolée spectaculaire de toutes les assurances. Ils renforcent cependant une tendance devenue incontestable : les contrats habitation augmenteront désormais régulièrement pour absorber la multiplication des risques climatiques.
À court terme, les assurés ont intérêt à vérifier la valeur de reconstruction inscrite dans leur contrat, la couverture des dépendances et des équipements extérieurs, les frais de relogement, les franchises et les obligations de débroussaillement. Choisir uniquement l’offre la moins chère peut devenir très coûteux lorsqu’une maison est entièrement détruite.
À plus long terme, la question n’est plus seulement de savoir combien coûtera l’assurance. Elle est de savoir comment éviter que certains logements deviennent progressivement trop dangereux — et trop chers — pour rester assurables.
Après les flammes vient toujours la facture. Et cette fois, elle pourrait finir par parvenir, directement ou indirectement, jusque dans les boîtes aux lettres de millions d’assurés.
