Le métier de souffleur est presque invisible. Installé dans son célèbre « trou du souffleur », au bord du plateau, il était autrefois le dernier filet de sécurité des comédiens, prêt à leur souffler un mot oublié, une réplique hésitante ou un vers de Racine qui s’échappait de la mémoire. Ce rôle, essentiel pendant des siècles, exigeait une connaissance parfaite des œuvres, une concentration absolue et une présence de tous les instants. Anne-Marie Batiste incarnait cette tradition avec une élégance et une humilité exemplaires.
Mais ceux qui l’ont connue parlent d’abord de la femme. D’une personnalité lumineuse, généreuse, incapable de juger les autres, toujours disponible pour écouter, rassurer et encourager. Son engagement pour le théâtre dépassait largement le cadre de son métier : elle croyait profondément en celles et ceux qui montaient sur scène et les accompagnait avec une affection presque maternelle.
Pour certains, Anne-Marie Baptiste représentait bien davantage qu’une collègue ou une professionnelle de la Comédie-Française. Elle faisait partie de la famille. Amie avant même une naissance, puis confidente fidèle de deux générations, elle a accompagné des parcours de vie entiers. Lorsque vint le temps des premiers projets artistiques, elle fut encore là, encourageant les débuts, faisant réaliser un premier brigadier par la Comédie-Française et offrant, comme toujours, son soutien sans compter.
Sa disparition laisse un vide immense auprès de tous ceux qui ont eu le privilège de croiser sa route. Car si les applaudissements reviennent aux artistes, certaines des plus belles histoires du théâtre s’écrivent grâce à celles et ceux qui œuvrent silencieusement dans les coulisses.
Anne-Marie Baptiste appartenait à cette catégorie de femmes qui ne cherchaient jamais la lumière mais qui éclairaient pourtant la vie des autres.
Le théâtre français perd une mémoire vivante, une gardienne des textes, une femme de dévouement exceptionnel. Ceux qui l’ont connue garderont d’elle le souvenir d’un sourire, d’une écoute, d’une présence rassurante et d’une bonté qui semblait inépuisable.
Les grandes scènes possèdent leurs légendes. Certaines se tiennent sous les projecteurs. D’autres, plus discrètes, vivent dans l’ombre des coulisses. Anne-Marie Baptiste était de celles-là. Et c’est précisément pour cette raison que le monde du théâtre lui tire aujourd’hui son chapeau.
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