Je reçois le monde.
Il entre en moi sans demander la permission.
Une lumière.
Une couleur.
Une ligne.
Une matière.
Le rythme d’une branche dans le vent.
La courbe d’une pierre.
Tout poursuit son chemin.
Je ne regarde pas le monde.
Je le laisse circuler.
Les formes ne s’arrêtent jamais au bord de
mes yeux.
Elles continuent leur vie dans une mémoire
qui n’est pas faite de souvenirs.
Elle est faite d’attention.
La nuit peut tomber.
Le silence revenir.
Rien ne s’interrompt.
Les couleurs poursuivent leur dialogue.
Les lignes cherchent d’autres lignes.
Les matières découvrent des parentés
invisibles.
Quelque chose continue de travailler en moi.
Je n’organise pas cette métamorphose.
Je l’accueille.
Voir n’est pas un instant.
Voir est une durée.
Le visible demande du temps pour devenir
lui-même.
Je recueille des présences presque
imperceptibles.
L’équilibre d’une ombre.
La respiration d’une façade.
La tension entre deux gris.
Le mouvement d’un reflet.
Le monde ne cesse jamais d’inventer
des nuances.
Nous cessons simplement de leur offrir
notre attention.
J’observe davantage que je ne participe.
Non par retrait.
Par fidélité.
Je reste là où mon regard a commencé
quelque chose.
Je laisse les formes aller jusqu’au bout de leur
apparition.
Alors le désordre change de visage.
Il révèle une logique qui était déjà là.
Le dessin ne commence pas avec un crayon.
Il commence lorsqu’une perception refuse de
disparaître.
Une feuille blanche n’est jamais vide.
Elle attend que le visible poursuive sa route.
Je ne dessine pas ce que j’ai vu.
Je dessine ce que le monde est devenu en
traversant mon regard.
Ecouter ce texte lu par son auteure sur la page YouTube dédiée DESSINER L’ATTENTION : https://youtu.be/vXX4LUvUd6I
