La terre a brutalement tremblé à 16 h 27, heure japonaise - 9 h 27 à Paris. L’Agence météorologique japonaise a évalué la magnitude du séisme à 7,1, avec un foyer situé à seulement une dizaine de kilomètres de profondeur dans la région de Kumamoto, sur l’île de Kyushu. L’Institut géologique américain a ensuite ramené sa propre estimation à 6,8, une différence habituelle lors des premières évaluations réalisées par plusieurs organismes.
Surtout, la secousse a atteint le niveau 7, le maximum de l’échelle japonaise shindo, dans les villes d’Uki et de Hikawa. Cette échelle ne mesure pas l’énergie totale libérée, comme la magnitude, mais la violence réellement ressentie à la surface : au niveau 7, il devient presque impossible de rester debout, les meubles lourds peuvent être projetés et les bâtiments les plus fragiles risquent de s’effondrer.
Des personnes piégées dans un centre commercial
La situation la plus préoccupante était signalée à Kashima, où une partie du deuxième étage d’un centre commercial Aeon s’est effondrée. Les autorités japonaises faisaient état de nombreuses personnes enfermées ou prises au piège, tandis que les pompiers poursuivaient leurs opérations de recherche et de dégagement. Une violente explosion a également été entendue après le séisme, mais son origine exacte n’était pas encore déterminée.
Selon les premiers éléments recueillis par Reuters, au moins une cinquantaine de personnes auraient été blessées. Ce chiffre demeure cependant provisoire : à 19 heures au Japon, l’Agence nationale de gestion des incendies et des catastrophes indiquait encore que le bilan humain et celui des habitations étaient en cours de vérification. Les centres d’appels d’urgence de Kumamoto, d’Uki et des communes voisines ont reçu un très grand nombre de demandes, au point que le système de réception du 119 a été endommagé dans le secteur de Yatsushiro.
Au moins sept incendies étaient recensés à Uki, Kumamoto et Yatsushiro. Les secours intervenaient également sur plusieurs opérations de sauvetage : deux à Uki, quatre à Kumamoto, trois à Yatsushiro et cinq à Kashima. Une intervention était par ailleurs signalée dans la ville de Satsumasendai, dans la préfecture voisine de Kagoshima.
Près de 200 000 personnes concernées par des évacuations
Une alerte au tsunami avait été déclenchée quelques minutes après la secousse pour les côtes bordant les mers d’Ariake et de Yatsushiro. Des vagues pouvant théoriquement atteindre un mètre étaient redoutées. Aucun tsunami significatif n’a finalement été observé et l’alerte a été levée à 18 h 10, heure locale, moins de deux heures après le séisme.
Les consignes d’évacuation n’en ont pas moins concerné une vaste partie de Kyushu. D’après le relevé officiel publié à 19 heures, 196 527 personnes, représentant près de 96 000 foyers, étaient visées par des ordres d’évacuation dans les préfectures de Kumamoto et de Nagasaki. Une mesure de protection maximale concernait en outre plus de 92 000 habitants de deux municipalités de Kumamoto.
Coupures d’électricité et transports paralysés
Le séisme a privé environ 48 000 foyers d’électricité, tandis que des routes, des ponts et certaines voies rapides ont été endommagés ou fissurés. Des perturbations ont également touché les réseaux de téléphonie mobile.
Les lignes ferroviaires locales et les trains à grande vitesse Shinkansen de Kyushu ont été suspendus afin de permettre l’inspection des voies. La piste de l’aéroport Aso-Kumamoto a été fermée, provoquant des annulations et des déroutements de vols. Plusieurs groupes industriels implantés dans la région, notamment TSMC, Sony et Fujifilm, ont évacué leurs salariés par précaution.
Les autorités n’ont en revanche détecté aucune anomalie dans les centrales nucléaires situées dans la région. Les installations de Sendai et de Genkai ont notamment fait l’objet de contrôles immédiats.
La crainte de fortes répliques
Deux répliques importantes avaient déjà été enregistrées dans les quarante minutes suivant le choc principal. Elles ont atteint le niveau 5 inférieur sur l’échelle japonaise, notamment à Uki, Yatsushiro, Amakusa et dans plusieurs communes environnantes.
L’Agence météorologique japonaise demande à la population de rester
particulièrement vigilante pendant les deux à trois prochains jours, une nouvelle secousse forte pouvant survenir. Le risque pourrait rester élevé pendant environ une semaine. Les autorités redoutent également des glissements de terrain, des chutes de pierres et l’effondrement différé de bâtiments déjà fragilisés.
Le traumatisme de 2016 ravivé
Kumamoto avait déjà été frappée en avril 2016 par une série de séismes destructeurs. Deux secousses majeures, dont l’une de magnitude 7,3, avaient provoqué des dizaines de morts directes, des milliers de blessés et la destruction de nombreuses habitations. Une partie du célèbre château de Kumamoto avait alors été gravement endommagée.
Dix ans plus tard, certaines portions de ses remparts de pierre se sont de nouveau effondrées. Cette image symbolique rappelle que, même dans l’un des pays les mieux préparés au monde, un tremblement de terre superficiel et localisé sous une zone habitée peut provoquer en quelques secondes une catastrophe majeure.
Le bilan de ce nouveau séisme reste évolutif. Les prochaines heures seront décisives pour retrouver les personnes prises au piège, mesurer l’état réel des bâtiments et déterminer si certaines zones peuvent être réintégrées sans danger.
