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Pedrinho Matador, l’effroyable histoire du « Dexter brésilien »

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Pedrinho Matador, l'effroyable histoire du « Dexter brésilien »

Il prétendait ne tuer que ceux qui, selon lui, méritaient de mourir. Trafiquants, violeurs, assassins, agresseurs de femmes : Pedro Rodrigues Filho s’était inventé un code et avait construit autour de ses crimes une justification presque morale. Cette mécanique lui valut d’être surnommé le « Dexter brésilien », en référence au personnage de fiction qui élimine d’autres meurtriers.

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Mais derrière cette comparaison séduisante se trouvait une réalité beaucoup moins romanesque : celle d’un homme ayant fait de la violence une identité, tué parfois pour se venger, parfois pour survivre, parfois pour une raison dérisoire, et probablement aussi pour le simple sentiment de puissance que lui procurait la mort.

Connu dans tout le Brésil sous le nom de **Pedrinho Matador**, « le petit Pedro tueur », il fut associé par la justice à 71 homicides. Lui affirmait avoir tué plus de cent personnes, dont 47 à l’intérieur des prisons brésiliennes. Après avoir passé plus de quatre décennies derrière les barreaux, il retrouva la liberté, devint une personnalité des réseaux sociaux, puis fut à son tour exécuté dans la rue.

La violence avant même l’âge adulte

Pedro Rodrigues Filho naît le 29 octobre 1954 à Santa Rita do Sapucaí, dans l’État du Minas Gerais. Les récits consacrés à son enfance décrivent un environnement familial marqué par les coups, la pauvreté et les conflits. Certaines informations viennent cependant directement de Pedrinho et doivent être considérées avec prudence : tout au long de sa vie, il a multiplié les versions contradictoires et contribué lui-même à fabriquer sa légende.

Il raconte avoir ressenti une première envie de tuer à 13 ans, après une bagarre avec un cousin plus âgé qu’il aurait poussé contre une presse à canne à sucre. Le garçon aurait survécu de justesse.

Son premier homicide généralement retenu se produit l’année suivante. À 14 ans, Pedrinho abat un responsable municipal qu’il tient pour responsable du licenciement de son père, gardien dans une école et accusé d’avoir volé de la nourriture destinée aux élèves. Il tue ensuite un autre employé qu’il soupçonne d’être le véritable voleur.

Après ces meurtres, l’adolescent fuit vers la région de São Paulo. Il fréquente le milieu du trafic de drogue, attaque des points de vente et élimine plusieurs trafiquants. La frontière entre le prétendu justicier et le criminel ordinaire apparaît déjà très mince : Pedrinho ne se contente pas de punir des délinquants, il participe lui-même aux activités et aux règlements de comptes du milieu.

Une vengeance devenue mode de vie

La mort de sa compagne Maria Aparecida Olímpia, qui était enceinte, constitue un tournant dans son parcours. Pedrinho affirme avoir torturé et assassiné plusieurs personnes pour retrouver les responsables. La vengeance, déjà présente dans ses premiers crimes, devient alors le principe central de son existence.

Il ne reconnaît aucune institution, aucun tribunal et aucune possibilité de pardon. Il décide seul de la culpabilité et de la peine. Dans son système personnel, la sanction est presque toujours la même : la mort.

Cette prétendue justice privée lui permettra plus tard de se présenter comme un homme ayant essentiellement éliminé des criminels. Pourtant, ses propres confidences contredisent cette image. Il a notamment reconnu devant un juge avoir tué un détenu simplement parce qu’il ne l’appréciait pas. Un autre aurait été assassiné parce qu’il ronflait trop fort.

Ces meurtres sans rapport avec la protection d’innocents montrent la véritable nature de son « code » : une règle suffisamment souple pour justifier toutes ses pulsions.

La prison transformée en territoire de chasse

Pedrinho est arrêté en mai 1973, alors qu’il n’a pas encore 20 ans. Son emprisonnement ne met pas fin aux assassinats. Il transforme au contraire le système pénitentiaire en prolongement de la rue.

Au cours de ses transferts entre plusieurs établissements, il tue dans les cellules, les réfectoires, les cours de promenade et jusque dans les véhicules de police. Lors d’un entretien accordé en détention, il affirme avoir assassiné 47 personnes à l’intérieur des prisons. Ce chiffre, fréquemment repris dans la presse, repose largement sur ses déclarations, les archives pénitentiaires de l’époque étant incomplètes ou parfois perdues. La justice a néanmoins rattaché son nom à 71 homicides au total, tandis que Pedrinho en revendiquait plus d’une centaine.

Il sélectionne souvent ses cibles parmi les détenus accusés de viol, de meurtre ou de violences contre des femmes. Cette particularité nourrit progressivement sa réputation. Certains prisonniers le craignent, d’autres le respectent. Pedrinho devient une figure presque mythologique du système carcéral brésilien.

Mais il n’est pas le protecteur désintéressé que certaines versions populaires ont voulu présenter. Il participe à des affrontements, règle ses comptes, élimine des adversaires et tue pour consolider sa position. Une formule tatouée sur son corps résume d’ailleurs plus honnêtement son rapport à la violence : **« Je tue par plaisir. »**

Le meurtre du père et la fabrication d’une légende

L’un des récits les plus célèbres associés à Pedrinho concerne le meurtre de son propre père. Selon la version qu’il racontait, celui-ci aurait tué sa mère à coups de machette. Pedrinho l’aurait alors retrouvé en prison, poignardé à de nombreuses reprises, puis aurait découpé et mâché un morceau de son cœur avant de le recracher.

Cette histoire a largement contribué à faire de lui un monstre médiatique. Elle demeure pourtant entourée de sérieux doutes. Pedrinho a donné plusieurs versions différentes de la mort de son père, et certains chercheurs ayant étudié son parcours contestent le récit spectaculaire qu’il livrait aux journalistes.

Le détail est essentiel. Pedrinho n’était pas seulement un tueur : il était aussi le metteur en scène de sa propre criminalité. Il avait compris que l’horreur attire les caméras et que la répétition d’histoires toujours plus macabres permet de transformer un détenu en personnage public. Plusieurs de ses déclarations sont contradictoires, y compris sur le nombre exact de ses victimes et les circonstances de certains crimes.

Quarante-deux années derrière les barreaux

Les condamnations prononcées contre lui représentaient plusieurs centaines d’années de prison cumulées selon les calculs et les procédures. Mais la législation brésilienne limitait alors à trente ans la durée maximale d’incarcération effective. Les crimes commis en détention prolongèrent toutefois sa captivité.

Après environ 34 années de prison, Pedrinho est libéré une première fois en 2007. Il est de nouveau arrêté en 2011 pour exécuter des peines liées à des faits commis lorsqu’il était détenu. Sa libération définitive intervient en 2018, après un total d’environ 42 années passées derrière les barreaux.

À sa sortie, il affirme avoir changé. Il se convertit au christianisme, se présente désormais comme « Pedrinho Ex-Matador » et explique vouloir dissuader les jeunes d’entrer dans le crime. Il ouvre une chaîne sur YouTube, participe à des podcasts et commente des affaires criminelles.

Cette reconversion rencontre un succès considérable. L’ancien détenu devient une célébrité numérique. Il analyse des meurtres, donne son avis sur la prison et raconte son passé devant des milliers d’abonnés. Il publie même une autobiographie au titre provocateur : *Serial Killer (?) Eu Não Sou um Monstro* — *Serial killer ? Je ne suis pas un monstre*.

Le paradoxe est immense : un homme autrefois connu pour avoir tué des dizaines de personnes se retrouve invité comme observateur et presque comme expert du crime.

Une rédemption impossible à vérifier

Pedrinho affirmait regretter sa vie passée. Il déclarait que la criminalité ne conduisait qu’à la prison et à la mort. Dans ses dernières années, il critiquait aussi les conditions de détention et défendait le travail des prisonniers, estimant que l’enfermement sans activité ne faisait que rendre les condamnés plus violents.

Était-il sincèrement transformé ou avait-il simplement trouvé un nouveau rôle à jouer ? La question reste ouverte.

Son discours pouvait être cohérent lorsqu’il évoquait l’échec du système pénitentiaire et l’abandon des quartiers pauvres. Mais il continuait simultanément à bénéficier de la fascination créée par son surnom, ses tatouages et ses récits de meurtres. Il dénonçait le crime tout en vivant médiatiquement de sa réputation de tueur.

Le tueur finalement exécuté

Le 5 mars 2023, Pedrinho Matador se trouve devant la maison de membres de sa famille, à Mogi das Cruzes, dans l’État de São Paulo. Il est assis sur une chaise en plastique lorsqu’une voiture noire s’arrête à proximité.

Deux hommes en descendent. L’un d’eux porte, selon l’enquête, un masque représentant le Joker. Ils ouvrent le feu. Pedrinho est atteint par quatre balles de calibre 9 millimètres. L’un des assaillants tente ensuite de l’égorger avec un couteau de cuisine. Pedro Rodrigues Filho meurt sur place à l’âge de 68 ans.

En novembre 2024, la police brésilienne annonce avoir identifié et mis en examen un membre présumé du PCC, la puissante organisation criminelle de São Paulo. Selon les enquêteurs, Pedrinho aurait tenté d’empêcher le trafic de drogue dans le quartier où vivaient plusieurs enfants de sa famille. Cette opposition aurait provoqué un conflit avec les trafiquants locaux et conduit à son exécution. D’autres participants restaient alors recherchés, et cette version demeurait celle de l’enquête policière, non un jugement définitif.

Le faux héros fabriqué par le crime

L’histoire de Pedrinho Matador contient tous les éléments d’une série noire : enfance violente, vendettas, règlements de comptes, prisons surpeuplées, criminalité organisée, conversion tardive et exécution finale.

C’est précisément pour cette raison qu’elle doit être racontée avec prudence.

Le surnom de « Dexter brésilien » transforme un véritable meurtrier en personnage de fiction. Il laisse croire à l’existence d’un justicier cohérent qui aurait débarrassé la société de ses monstres. Or Pedrinho n’était ni un juge ni un protecteur. Il était un homme qui s’était accordé le droit absolu de décider qui devait vivre et qui devait mourir.

Certains de ses adversaires étaient certainement des criminels dangereux. D’autres furent tués pour des motifs personnels, arbitraires ou dérisoires. Aucun « code moral » ne peut effacer cette réalité.

Pedro Rodrigues Filho avait prétendu remplacer la justice. Il finit par être rattrapé par le même monde de vengeance et de violence qu’il avait contribué à construire. Sa mort ne ressemble pas au dernier épisode spectaculaire d’une série. Elle constitue plutôt la conclusion prévisible d’un engrenage dans lequel chaque meurtre en appelle un autre, jusqu’à ce que le bourreau devienne à son tour la victime.

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