Art of Juliette

Le dernier mot.

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Le dernier mot.

« Je ne peux pas toujours choisir ce qui m’atteint.
Mais je peux participer à ce que cela devient. »

Certains espaces construits pèsent sur le corps jusqu’à provoquer une recherche presque instinctive d’issue. Face à ce réel trop présent, l’imagination ouvre une brèche.
Elle ne nie pas ce qui existe : elle le transforme. Le dessin prolonge ce geste. Il fait de ce qui contraint la matière d’une forme nouvelle. Créer devient alors une part de liberté : non pas avoir le pouvoir sur le monde, mais refuser qu’il ait seul le dernier mot.

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Les bâtiments me plombent.
Ils m’écrasent.

Je suffoque.
Je cherche l’air.

La percée.
La trouée.

Mon regard cherche une issue.

Un morceau de ciel.
Une ouverture.

Quelque chose qui laisse passer le dehors.
Car je ressens ce que je vois.

Une architecture peut peser sur mon corps.
Un mur peut me comprimer.

Un vacarme peut entrer en moi jusqu’à
prendre toute la place.

Alors je pars.
Sans bouger.

Je me retire presque automatiquement de ce
qui m’entoure.

Je le fais depuis toujours.

L’imagination prend le relais.
Elle ouvre ce que le réel avait fermé.

Je crée ma propre vision.

Le vacarme est toujours là.
Les murs aussi.

Rien n’a disparu.
Mais quelque chose a changé.

Je ne subis plus exactement la même scène.

Je la déplace.
Je la fais muter.

Je lui invente un autre scénario.
Celui que je décide.

Je suis alors en dehors de la réalité
qui m’entoure.
Et entièrement à l’intérieur de mes pensées.

On pourrait croire que je fuis.
Je crois que je réponds.

Car imaginer n’est pas toujours fuir.
Imaginer peut être une manière de résister.

Non pas en refusant ce qui existe.

Mais en refusant que ce qui existe ait le
dernier mot.

C’est là que commence la création.
Dans cet espace minuscule.

Entre ce qui m’arrive
et ce que j’en fais.

Je dessine depuis cet endroit.

Une ligne ouvre une brèche.
Une couleur déplace un mur.

Une forme invente un passage.

Le dessin n’efface pas ce qui m’écrase.
Il le transforme.

Transformer sans effacer.
Répondre sans nier.

Faire de ce qui contraint la matière même
d’une liberté.

Je ne dessine pas pour fabriquer un monde
sans violence.

Je dessine pour que la violence du monde ne
décide pas seule de la forme qu’elle prendra
en moi.

Alors ce qui m’écrase devient matière.

Ce qui m’envahit devient forme.
Ce qui me ferme devient ouverture.

La création ne m’épargne pas le réel.
Elle m’empêche de lui appartenir entièrement.

Je ne peux pas toujours choisir ce
qui m’atteint.

Mais je peux participer à ce que cela devient.
C’est là que réside ma part de liberté.

Entre l’impact et la trace.

Entre ce que le monde dépose en moi
et la forme que ma main lui donne.

Cette tragédie perceptive, j’ai appris à la
métamorphoser en magie poétique intime.

La création ne me donne aucun pouvoir sur
le monde.
Elle me donne un pouvoir sur sa trace.

Le réel peut m’atteindre.
Il ne décide pas seul de ce qu’il deviendra.

La création est mon unique pouvoir.

Ecouter ce texte lu par son auteure sur la page YouTube dédiée DESSINER L’ATTENTION : https://www.youtube.com/watch?v=L7TxXozTftc&t=3s

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